France télévision, fake news, actionnaires et hommages en pagaille : retour sur l’actu des médias de la semaine!

Au programme cette semaine: le dernier épisode de la saga France Télévision, l’incessant combat contre les fake news et des actionnaires toujours plus obscurs. Voici l’actualité des médias d’une semaine sur fond de deuil. 

L’orage gronde au-dessus de l’audiovisuel public

     ◊ Delphine Ernotte désavouée

Une motion de défiance a été adoptée, mardi 12 décembre, à 84% contre Delphine Ernotte par plus de 69% des huit cents journalistes du service public.  Malgré la marche arrière de la présidente sur la baisse de diffusion des magazines d’informations fin novembre, les salariés ont répondu massivement « non » à la question de savoir s’ils font confiance à leur dirigeante « pour préserver la qualité et les moyens de l’information à France Télévisions ». Ce vote, qui n’a qu’une valeur symbolique, illustre l’escalade de tensions entre les salariés et la direction.

Le lendemain, la majorité des salariés du groupe ont cessé de travailler pendant 24 heures, suivant l’appel à la grève du SNJ, de la CGT et de FO. Outre la protestation contre le plan d’économie envisagé par France Télévision dans le secteur de l’information où une trentaine d’emplois est menacée, les grévistes s’inquiètent des profondes réformes souhaitées par le gouvernement l’an prochain (voir plus bas). Un double retentissement donc qui affaiblit encore un peu plus la présidente Ernotte.

 

     ◊ Macron siffle « la fin de la récréation » 

Contrarié par les derniers évènements qui mettent en scène France Télévision, le président de la République, Emmanuel Macron, prévoit de lancer une grande réforme de l’audiovisuel public dès l’été prochain selon le JDD. Le principal objectif de cette « révolution » est de restreindre le nombre de chaines et de faciliter les fusions, notamment entre les rédactions locales de France Bleu et de France 3. L’Elysée pense aussi à mettre en place une redevance universelle où tous les Français participeraient de manière égale et modeste. Enfin, les dirigeants de France Télévision et de Radio France ne seront plus nommés par le CSA mais par leur conseil d’administration respectif. La réforme devrait donc pousser les actuels PDG doucement vers la sortie.

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Source : France info

 

     ◊ Le journaliste Patrice Bertin accusé de tentatives de viol

Pour ne rien arranger, le journaliste de France Inter, Patrice Bertin est accusé en interne par quatre femmes de harcèlement sexuel et de tentatives de viol, selon une enquête de Mediapart parue dimanche 10 décembre et une autre publiée le lendemain dans Le Monde. Les faits s’étalent sur les trente dernières années. Discrètement parti en retraite anticipée le 23 novembre dernier, Radio France aurait essayé de faire passer cette affaire sous silence en pleine affaire Weinstein, selon Mediapart. L’ancien présentateur vedette de la station et directeur de la rédaction, « connu pour ses plaisanteries assez lourdes »,  parle de « calomnies honteuses ».

 

Il était une fois, les fake news

    ◊ Une vague de journalistes engagée pour l’éducation aux médias

Une centaine de journalistes de l’AFP et du Monde se sont portés volontaires, jeudi 7 décembre, pour animer des ateliers d’éducation aux médias et à l’information dans les établissements scolaires. Engagés en partenariat avec l’association Entre les lignes, ils prévoient d’intervenir dans plus de 300 collèges et lycées français afin de sensibiliser les jeunes générations face à l’information. « A l’heure des fake news et d’une propension croissante au complotisme, il est crucial de développer l’esprit critique du jeune public », explique Michèle Léridon, directrice de l’information de l’AFP. 

 

    ◊ Les fake news également dans le viseur de la législation irlandaise

Les Irlandais, eux, désirent régler le problème des fake news plus radicalement. En effet, si vous créez ou relayez de fausses informations politiques de manière automatisé par des bots (interface de dialogue entre un service et un consommateur) sur les réseaux sociaux en Irlande, vous pourriez bientôt passer par la case prison. C’est en tout cas, le projet de loi proposé cette semaine par des législateurs irlandais afin de lutter contre la désinformation sur Facebook et Twitter. Influencer le débat politique de cette façon pourrait donc être passible de cinq ans de prison et de 10 000€ d’amende.

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Source : @LateNightSeth

 

     ◊ Huit heures de télé par jour pour Trump, vrai ou faux?

C’est ce qu’affirme le New York Times qui s’est amusé à reproduire l’emploi du président américain, lundi 11 décembre. Selon cet article, Donald Trump se lève tous les jours à 5h30 pour regarder les actualités sur CNN, et passe quotidiennement entre 4 et 8 heures devant le petit écran. Une information que le milliardaire s’est empressé de démentir via un tweet (voir ci-dessous). Il en a profité pour tacler une nouvelle fois les principaux médias américains, les accusant de publier des informations mensongères.

 

Cinquante nuances d’actionnaires

     ◊ Des actionnaires invisibles

Le phénomène de concentration des médias n’y change rien, le manque de transparence reste une caractéristique tenace de l’actionnariat des médias. Selon une étude réalisée par Julia Cagé pour Reporters Sans Frontières, plus de la moitié des actionnaires du secteur médiatique proviennent du monde la finance et de l’assurance. Ces derniers ont mis en place des systèmes de « contrôle complexes et opaques », c‘est pourquoi 1/3 des actionnaires sont inidentifiables aujourd’hui. De plus, si depuis la loi du 4 novembre 2016, toute entreprise éditrice doit communiquer toutes les informations relatives à la composition de son capital, la profession des actionnaires n’est toujours pas publiquement dévoilée. Pour y remédier, l’étude propose « la création d’une cartographie en temps réel détaillant l’actionnariat des grands médias ».

 

     ◊ Des actionnaires condamnés pour le licenciement abusif d’Aude Lancelin

Cachés et puissants, les actionnaires ne peuvent pas échapper à la justice pour autant. Ainsi, les propriétaires de l’Obs ont été reconnus coupables d’avoir licencié Aude Lancelin « sans cause réelle et sérieuse », a tranché le conseil des Prud’hommes, vendredi 8 décembre. Éjectée en mai 2016, la journaliste va recevoir 90 000 euros d’indemnités de la part de l’hebdomadaire. Un jugement qui ne devrait, néanmoins, pas totalement satisfaire l’auteure de Le Monde Libre. Cette dernière demandait 460 000 euros d’indemnités pour licenciement « nul » et « atteinte à la liberté d’expression », estimant avoir été limogée pour des raisons « strictement politiques » par les actionnaires du média qui lui auraient notamment reproché sa proximité avec le mouvement Nuit Debout.

 

Pèle-mêle

     ◊ Présentation de la rédaction de Le Média

La web-tv, Le Média, a dévoilé, dimanche 10 décembre, en direct une partie des journalistes qui composera sa rédaction. Parmi celle-ci, on retrouve Aude Lancelin, l’ex-numéro 2 de l’Obs, mais également l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2002, Noël Mamère, journaliste dans les années 80 sur Antenne 2. Plus surprenant, Marc de Bony, ancien grand reporter au Figaro, fait aussi partie de l’équipe. Constituée majoritairement de jeunes journalistes, la rédaction attend encore quelques renforts avant de se lancer officiellement le 15 janvier.

 

     ◊ Technikart, pionnier dans le livre audio

Le mensuel socio-culturel Technikart, lancé en 1991, se décline depuis lundi 11 décembre, à la manière d’un livre audio. En effet, la sortie du magazine se fait désormais chaque mois à la fois en kiosque et en podcast sur le site de divertissement audio Audible. Le principe est simple mais pas moins original : retrouver les principaux contenus du magazine papier dans une version audio de 40 minutes. Le premier titre adoptant ce double format est disponible gratuitement sur Audible.fr.

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Le mot de la fin : des hommes et des hommages

     ◊ Ouest France en deuil

Après Jean d’Ormesson, ancien directeur général du Figaro, la semaine dernière, c’est l’ex patron de Ouest France, François-Régis Hutin, qui est décédé à l’âge de 88 ans, ce dimanche 10 décembre. Le rennais a tenu la barre du bateau Ouest France pendant 32 ans, avant de se retirer en octobre 2016 pour des raisons de santé. Il était encore président du comité éditorial rappelle le quotidien dans son communiqué. Conjointement à son activité de patron de presse, l’emblématique PDG du groupe est resté journaliste et éditorialiste pour son titre. Sous son aile, le journal est devenu le premier quotidien de France avec une diffusion actuelle de 690 000 exemplaires par jour. Protecteur sans relâche de l’indépendance de son titre, sa lutte pour éviter tout rachat du groupe a été l’un des nombreux combats de sa vie.

 

     ◊ Requiem pour Johnny

On ne pouvait pas finir cette revue de presse sans évoquer ce qui a constitué le fil rouge de la semaine dans les médias, les hommages à l’ancienne idole des jeunes, Johnny Hallyday. Avec plus de 3853 unités de bruits médiatiques (UBM) recensées, l’institut d’études Kantar place la mort du rockeur au même plan médiatique que le lendemain de l’élection de Donald Trump en France.

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Source : Kantar Media

Si les témoignages des proches et des fans du chanteur ont continûment alimenté l’actualité, ce sont TF1 et France2 qui ont bénéficié de la retransmission de l’hommage populaire puis religieux rendu au chanteur pour réaliser des audiences considérablement élevées (respectivement 7 et 4,4 millions). On ne peut pas en dire autant du Téléthon, relégué sur France 5 pendant la cérémonie, qui a vu ses promesses de dons ralentir.

 

C’est tout pour cette semaine! À jeudi prochain pour un nouveau résumé de l’actualité des médias de la semaine! 

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Crise de la distribution de la presse, méfiance et tensions outre-Atlantique : une nouvelle semaine chaotique pour nos médias !

Une nouvelle semaine dans le monde impitoyable du journalisme où raisonne encore le mot de crise. En France, ce n’est pas seulement les journaux de la presse écrite qui font les frais des évolutions technologiques récentes mais c’est le processus de production médiatique dans sa totalité qui est touché. En Europe, les lecteurs font de nouveau état d’une certaine méfiance envers la presse, en relevant les difficultés économiques qui pèsent sur le travail des journalistes. De l’autre côté de l’Atlantique aux Etats-Unis, médias et politique se font face.

La colère des kiosquiers parisiens

La crise de la presse ne concerne pas que les entreprises éditrices, bien au contraire. Les difficultés rencontrées par la presse papier touche tous les acteurs du processus de production médiatique et notamment les fameux kiosquiers parisiens.
Avec l’arrivée d’internet et des applications mobiles, il devient de plus en plus rare d’acheter son journal chez son kiosquier favori. C’est pour ces raisons que ceux-ci ont entamé lundi 4 novembre une grève, qu’ils ont déjà annoncé reconductible.
Une grève qui dénonce, au même titre que dans le secteur médiatique, le système de concentration économique dont sont victimes les kiosquiers.
En effet, dans le but de réduire les coûts, les entreprises de distribution de la presse se sont regroupées à l’image du géant Presstalis.

Des parisiens privés de journaux ?

La crise est bien plus profonde et ne concerne plus seulement les kiosquiers mais aussi les distributeurs de presse. L’entreprise Presstalis précédemment citée, est le numéro un français dans l’acheminement des journaux aux points de vente et fait face à un bilan économique désastreux. Avec plus de 300 millions d’euros de dette, cette dernière a sollicité la nomination d’un mandataire afin de rétablir une stabilité financière.
Le cas de Presstalis est symptomatique, pour de nombreux spécialistes d’un inefficient modèle industriel de distribution de la presse qu’il faudrait revoir de fond en comble. C’est d’ailleurs pour cette raison que la Cour des Comptes a été mandatée par l’Elysée afin de rendre pour la fin de l’année un rapport présentant les possibles modalités de restructuration du processus de distribution de la presse.

Plus de diversité dans les médias

34% d’expertes invitées dans les médias contre 66% d’experts… Une étude du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel rend compte de l’omniprésence d’un profil type (un homme blanc, d’une cinquantaine d’années) d’intervenant auquel font appel les médias pour traiter leurs sujets.
Ainsi, dans le but de faire des entreprises médiatiques un reflet de la société française, l’association Club du XXIe siècle avec l’appui du Ministère de la Culture ont lancé un guide pour améliorer la représentation de la diversité dans les médias. Sous la forme d’un annuaire, il répertorie une vingtaine d’expertes et experts pertinents pour le traitement médiatique et issus de la diversité.
Cette initiative, bien que mineure, s’ajoute à la création d’un guide d’expertes par Radio France en juin 2015 afin de renforcer la représentation féminine dans la presse.

La Voix du Nord dans le sillage des réseaux sociaux

Mercredi prochain un nouveau site d’informations gratuite verra le jour, lancé par le quotidien régional La Voix du Nord. Si la ligne éditoriale reste floue (on annonce des informations insolites, nationales et internationales), le but rechercher par la rédaction et d’appliquer les méthodes et l’esthétique des réseaux sociaux. En effet, le site prendra la forme d’un fil d’actualité avec des actualités du quotidien, retravaillées spécifiquement par le web. L’objectif est double pour le groupe médiatique. Tout d’abord, toucher un lectorat plus jeune, demandeur d’informations de qualité mais gratuite. De plus, le journal prépare le lancement en janvier prochain d’un autre site, celui-ci payant avec des articles enrichies par d’autres contenus multimédias comme des infographies.

Quand Twitter devient le média de référence

Une affaire diplomatique entre les Etats-Unis, l’Iran et la Turquie montre de quelle manière les réseaux sociaux et notamment Twitter peuvent supplanter les médias traditionnels dans la volonté des lecteurs à avoir accès à une information indépendante.
En effet, le procès d’un milliardaire turco-iranien qui a dénoncé le rôle du Président Erdogan dans cette affaire n’est couvert que brièvement par les médias turcs. Certains parlent même d’auto-censure. Pour cette raison, des citoyens turcs s’informent grâce à Twitter sur le procès qui a lieu aux Etats-Unis. Ceci est d’autant plus intéressant que les journalistes étasuniens présents sur place, sont directement en lien avec les citoyens turcs qui les contactent personnellement afin de requérir de nouvelles informations.

Les journalistes des Etats-Unis ne rentreront plus au Parlement russe

Depuis quelques semaines, la chaîne de télévision russe RT financée par des fonds publics a été déclarée « agent étranger » sur le territoire des Etats-Unis. Une décision qui ne permet plus aux journalistes dudit média de pénétrer au sein du Congrès étasunien.
La Russie qui avait dénoncé cette mesure prise à l’encontre du travail de ces journalistes a pourtant fait de même le 1er décembre dernier en déclarant les médias d’outre-atlantique « agents étrangers ». De fait, les journalistes étasuniens se voient désormais refuser l’entrée à la Douma, le Parlement russe. C’est donc une autre difficulté que devront affronter les journalistes des Etats-Unis dans le traitement médiatique.

Emmanuel Macron et la polémique de l’audiovisuel public

Le Président Emmanuel Macron fait de nouveau des siennes avec une petite phrase qui a fait l’effet du bombe pour les journalistes travaillant dans le cadre du service public. Le mardi 5 décembre ceux-ci ont dénoncé les dires du Président qui aurait déclaré que l’audiovisuel public est la honte de la République.
Ces mots prononcés lors d’une réunion à huit-clos à l’Elysée sont niés par l’entourage présidentiel, ou en tout cas ces derniers tentent de montrer la réelle signification de ces paroles. En effet, le Président aurait attaqué l’audiovisuel public en critiquant son mode de gestion et son traitement médiatique qui ne correspondrait pas aux attentes des citoyens.

Méfiance à l’encontre des médias

Dans ce moment où la confiance semble être le mot d’ordre tant politique que médiatique, une nouvelle étude révèle la méfiance des lecteurs envers leurs médias. Le 1er décembre dernier, une étude nommée « Biais, bullshit et mensonges : la perspective des publics sur la méfiance envers les médias » et réalisée par deux chercheurs travaillant au sein de l’agence Reuters.org a été rendue publique.
A partir de sondages réalisés dans 9 pays européens, les résultats se révèlent peu flatteurs… En effet, 25% des sondés pensent que les médias faillent quant à leur objectivité. La pression économique et idéologique qu’ils subissent est identifiée comme étant la principale explication à ces maux.

La télévision face à ses enjeux économiques publicitaires

Depuis l’arrivée d’internet il n’est plus à démontrer la crise rencontrées par la télévision face aux nouveaux médias en ligne. Chez la population la plus jeune il est désormais clairement établie que la télévision n’est plus le moyen privilégié de s’informer, dépassé par le téléphone mobile et les réseaux sociaux.
Il n’est donc pas seulement question du nombre de téléspectateurs mais d’enjeu économique que représente la publicité. Alors que les investissements publicitaires étaient déviés de façon croissante depuis le petit écran au très petit écran que représente le mobile, les sommes allouées par les publicitaires au digital sont pour la première année supérieures à celles investies pour la télévision. En 2017, la publicité sur le web a représenté 209 milliards de dollars dans le monde contre 178 milliards pour la télévision. On pressent déjà une nouvelle augmentation de l’importante de la publicité pour le digital en 2018, aggravant les difficultés économiques rencontrées par les chaînes de télévision face à l’importance d’internet.

Un Conseil de déontologie du journalisme verra t-il le jour ?

C’est en tout cas la proposition de Jean Luc Mélenchon qui a lancé le mardi 5 décembre dernier une pétition en ligne pour la création d’un Conseil de ce type. Cette initiative fait suite à l’intervention du leader de la France Insoumise sur France 2 dans l’Émission Politique, après laquelle il a dénoncé le traitement qu’il lui a été réservé par l’équipe de la chaîne.
D’autre part, il regretta l’impossibilité pour les citoyens de ne pouvoir saisir aucune autorité compétente en matière de faute déontologique, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ne traitant que des cas les plus graves et dans des délais de plusieurs mois.
A ce jour, la pétition a déjà récolté près de 10 000 signatures, mais si l’on ne peut affirmer que ce Conseil sera réellement crée, on peut déjà s’interroger sur la définition d’une déontologie du journalisme et sur la forme que prendraient de possibles sanctions.

France Télé tourmentée, Trump déchaîné, La Croix en odeur de sainteté : une semaine presque ordinaire dans le monde des médias

Le feuilleton France Télévisions, la vente d’un des titres les plus prestigieux au monde, la bonne santé de La Croix, l’épisode 148 de « Donald Trump vs. CNN », et Louis Sarkozy. Vaste (et surprenant) programme pour cette revue de la semaine, alors c’est parti !

 France Télévisions dans la tourmente

  • Complément d’enquête et Envoyé Spécial amputés mais pas tués ?

Le feuilleton des coupures budgétaires à France Télévisions n’en finit plus. Dans la revue de la semaine dernière, on retenait cette phrase de Yannick Letranchant, directeur de l’information de France Télévisions : « aucun périmètre, aucune direction, ne sont épargnées ». Cette semaine, les victimes désignées ont été les émissions d’investigation Complément d’Enquête et Envoyé Spécial. Lundi soir, on apprenait que la direction comptait réduire leurs effectifs de 27 à 6 journalistes. « Une mort annoncée » selon Yvan Martinet, journaliste à Envoyé Spécial. L’information a créé un élan de solidarité, et de nombreux médias indépendants ont par ailleurs signé une tribune en soutien aux journalistes de France 2.

Puis, mardi, rétropédalage de France Télévisions. La périodicité des deux émissions est maintenue et la réduction de la masse salariale se « limite » à trois temps plein. Pas de quoi satisfaire pleinement les journalistes concernés, qui se sont réunis en assemblée générale pour voter la défiance contre Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions.

  • Clap de fin pour On n’est pas couché ?

C’est une autre émission emblématique de France 2 et du service public qui risque de disparaître. On n’est pas couché, le célèbre talk-show du samedi soir animé par Laurent Ruquier, pourrait ne pas être reconduit pour une douzième saison, selon un article du Monde consacré à la productrice de « ONPC » Catherine Barma.

Les audiences de l’émission se sont en effet effondrées, tombant pour la première fois de son histoire sous les 20 % de part de marché, avec en moyenne 1,3 millions de téléspectateurs. Dans ses plus grandes années, ONPC attirait jusqu’à 3,2 millions de personnes. Une chute suffisante pour que Delphine Ernotte décide de ne pas renouveler le show, dont l’image s’est considérablement dégradée au fil du temps et des bad buzz (comme le dernier en date entre Moix, Angot et Caron)…

La Croix marcherait-t-elle sur l’eau ?

La Croix se porte très bien, selon Pascal Ruffenach, le président du directoire de Bayard, qui détient le quotidien catholique. Alors que les quotidiens papiers sont généralement à la peine, le journal fondé en 1883 affiche des résultats stables, qui témoignent de la fidélité de son lectorat : 90 000 exemplaires tirés, 85 % d’abonnés, +66 % d’audience sur le site web. Cette santé donne des ailes à Bayard : dans une interview donnée au JDD, Pascal Ruffenach annonce vouloir créer un hebdomadaire La Croix pour la rentrée 2018. Une manière, aussi, de prendre les devants ? « Le quotidien papier n’est pas immortel, mais il tiendra aussi longtemps qu’il sera utile », résume le Président de Bayard.

Le CSA le nez dans le porno ?

En pleine prise de conscience politique sur l’étendue de la problématique du harcèlement et des violences envers les femmes, le CSA pourrait connaitre une extension de son pouvoir sur internet et le numérique. Dans son discours du 24 novembre dernier, Emmanuel Macron a en effet décrété que l’égalité entre hommes et femmes serait une « grande cause » de son quinquennat. Dans cette optique, les sages pourraient voir entrer internet dans leur périmètre de surveillance, notamment pour lutter contre le « contenu pornographique pouvant conduire à la violence envers les femmes ». Une première incursion dans le monde numérique pour le CSA qui n’a pas manqué de faire réagir, certains dénonçant le manque de moyens par rapport à ce que nécessiterait un tel contrôle, d’autre le rôle de censeur que celui-ci implique. Olivier Schrameck s’est en tout cas réjoui des propos d’Emmanuel Macron.

Les médias nord-américains à l’heure de la crise et de Trump

  • Trump ne lâche pas CNN

Certaines choses ne changent jamais : Donald Trump attaquant CNN en fait partie. Dopé par les nouvelles opportunités de tweets que lui offre le passage à 280 caractères, le Président s’en est encore pris à la chaîne sur Twitter, samedi, lui reprochant sa place trop importante dans les médias internationaux (par rapport à son chouchou Fox News) et l’accusant de diffuser des « fake news » qui donnent une mauvaise image des Etats-Unis. Réponse de CNN : « Ce n’est pas la mission de CNN de représenter les Etats-Unis aux yeux du monde. C’est la vôtre. Notre travail consiste à rapporter des informations. #LesFaitsEnPremier ». En attendant le prochain tweet, et la prochaine passe d’arme.

  • L’hallucinante histoire de Project Veritas et de la fausse informatrice du Washington Post

C’est un peu l’histoire de dingue de la semaine, repérée par l’AFP, qui en dit long sur l’atmosphère médiatique états-unienne. Le Washington Post a annoncé, lundi, avoir déjoué les plans d’une fausse informatrice, dans le cadre de l’enquête du journal sur le sénateur Roy Moore, accusé d’agressions sexuelles. La femme, qui accusait Moore d’attouchements lorsqu’elle était mineure, a en réalité été vue rentrant dans les bureaux de Project Veritas, une organisation pro-Trump qui cherche à piéger les médias qu’elle juge partiaux envers le Président, avec de faux reportages. Leur but est de montrer que ces médias ne font pas un bon travail et ne vérifient pas leurs sources. Pour le coup, c’est un bel échec.

  • Louis Sarkozy reconverti en éditorialiste néoconservateur

C’est dans ce contexte de défiance envers les médias, largement alimenté par le locataire du Bureau ovale, que l’on retrouve Louis Sarkozy. Celui que l’on surnomme « Sarko Junior », fils de l’ancien Président et de Cécilia Attias, signe désormais des éditos anglophones pour le journal néoconservateur Washington Examiner. Sa dernière chronique en date ? Une saillie trumpo-compatible intitulée « The media are undeniably biased by their liberal bubble », c’est-à-dire, pour simplifier : « les médias sont indéniablement des gauchistes aveugles ». Une charge anti-média dans laquelle Louis Sarkozy défend notamment Milo Yiannopoulos, ancien polémiste sur le site d’extrême-droite pro-Trump Breitbart News.

Chacun appréciera la pertinence d’analyse de Sarko Junior, vingt ans au compteur. En tout cas, il a déjà une fan : sa mère l’a retweeté.

Pour Time Magazine, c’est la crise. Le groupe Time Inc, propriétaire des titres Fortune, Sports Illustrated, et bien sûr de l’emblématique Time Magazine, a été racheté par le groupe Meredith pour une somme de 1,7 milliards de dollars. La transaction sera effective à partir du premier trimestre 2018 et offrira à Meredith la centaine de titres de presse et les 7000 emplois que pèse Time Inc aux Etats-Unis et dans le monde. Cette opération acte la fin de l’âge d’or de Time Magazine selon Le Monde : le titre a perdu un tiers de sa valeur depuis son entrée en bourse en 2014, et son chiffre d’affaires est en constant déclin.

Le Monde pointe aussi une rupture symbolique. En effet, Meredith est un groupe de presse familiale basé à Des Moines, dans l’Iowa, éditeur de titres comme Successful Farming. Loin, très loin, de l’ADN urbain new-yorkais de Time, qui entre donc dans une nouvelle ère.

Dans l’ombre de son cousin géant américain, on parle finalement peu du monde médiatique canadien. Pourtant, lui non plus n’est pas au sommet de sa forme. Les deux principaux groupes de presse du pays, Torstar et Postmedia, ont annoncé lundi s’échanger 41 titres de presse locaux, dont 34 vont être immédiatement supprimés, car ils ne sont pas viables. L’opération a de quoi surprendre mais permet aux deux groupes de se restructurer en se concentrant sur un territoire, et ce sans impact sur leur trésorerie. A ce petit jeu, il y a néanmoins des grands perdants : les quelques 300 journalistes et salariés qui vont être licenciés.

Encore un bilan mitigé pour la presse cette semaine, donc. Sur ce, rendez-vous jeudi prochain.

Difficultés financières, syndicalisme et encore du harcèlement sexuel : c’est l’actu des médias.

Qui ? Les médias. Quoi ? Difficultés financières, syndicalisme et harcèlement sexuel entre autres. Où ? En France et aux États-Unis surtout. Quand ? Cette semaine. Quant à savoir comment et pourquoi, c’est dans la revue de liens, à vos cafés !

Les médias peinent à se financer et subissent des coupes budgétaires

Un crash dans les médias digitaux ?

La fin des médias digitaux qui ne peuvent plus se financer par la pub, c’est la conclusion tout en nuances de Josh Marshall, le rédacteur-en-chef de Talking Points Memo. Il écrit sur son blog le TPM Editor’s Blog, que les médias digitaux sont à la fin de leur vie car les revenus pub ne sont ni suffisants ni accessibles. Trop de médias en ligne pour un gâteau pub trop petit et où Google et Facebook se taillent la part d’Obelix. La fin de Buzzfeed, Mashable et Vice donc ? Pour une analyse moins schématique on se tourne vers Digiday, accuser les gros méchants GAFA serait trop facile. L’article l’assure, ce n’est qu’un retour à la réalité, Mashable vendu pour 250 millions de dollars l’an dernier, l’est à 50 millions cette année. Le modèle économique serait surtout assez mal pensé car il repose sur le tout gratuit et le tout pub, ainsi que sur des vidéos qui ne rapportent pas encore grand chose selon Lucia Moses pour Digiday UK.

L’union fait la force, contre nous :

Pour vendre les emplacements pub plus cher, les médias européens s’allient. L’anglaise Channel4 rejoint cette semaine l’allemand ProSiebenSat.1, l’italien Mediaset et TF1. Les quatre mousquetaires veulent partager leurs datas utilisateur, c’est-à-dire les vôtres, pour concurrencer, dans une moindre mesure, Facebook et Google. Dans un monde de publicité ciblée, la bataille pour les données est cruciale. L’idée n’est pas neuve et elle vient de Suisse, comme le rappelle le site d’information helvétique Le Temps. L’article date de juillet dernier mais il résume la situation, pour une meilleure compréhension des enjeux.

Quand certains se penchent sur la meilleure façon de vendre nos données, d’autres proposent des pistes pour une régulation étatique :

En France le budget se resserre pour tout le monde :

Cette semaine ce sont les propositions de Delphine Ernotte pour une réforme de l’audiovisuel public qui font la Une. Elles ne répondent que partiellement, problème de dates, au ministère de la Culture. Pour un résumé de la semaine dernière c’est par ici. Dans les deux cas rien de bien réjouissant, les pistes de réflexion tournent autour de 13 zones économiques en région qui rassembleraient France 3, France Bleu et les titres de presses locaux. Delphine Ernotte tente d’éviter la fusion France Télévisions et Radio France en proposant un « Hulul » européen. Il s’agirait de partager des contenus avec d’autres producteurs similaires au niveau de l’Union Européenne. Sonia Devillers a invité ce mercredi 22 novembre Yannick Letranchant, directeur de l’information de France Télévisions pour une analyse de la situation. On retiendra cette phrase : « aucun périmètre, aucune direction, ne sont épargnées ». La vidéo commence à 7 minutes.

Surplus budgétaire au Washington Post !

Le Washington Post ne vend pas que de l’info mais n’a pas de problème financier en 2016, puisqu’il a fini dans le vert. Le Washington Post a décidé de créer son propre système d’édition, la mise en page et tous les problèmes qui vont avec, sont désormais maison. Le premier avantage c’est que les journalistes qui font face à un problème, pour publier leur article ou obtenir le rendu qu’ils souhaitent, peuvent se tourner vers des ingénieurs internes. Le second avantage, pour le journal, c’est que loin d’encourager les autres rédactions à suivre son mouvement, il vend son système. Le Los Angeles Times, le canadien Globe and Mail, et le New Zealand Herald l’utilisent. Arc Publishing, système du Post, ne fait pas encore officiellement de bénéfices mais les objectifs 2018 ont été doublés, par rapport aux objectifs de 2017, eux-même déjà doublés par rapport à 2016. Le bébé va bien.

Le Guardian : garant d’un certain optimisme

C’est grâce au Guardian que l’on finit la partie économique de cette revue de liens avec un sourire. Le journal réussit à se financer par la bonne volonté de ses lecteurs. Après des difficultés financières dues au tournant digital et la volonté de s’étendre à l’international, le Guardian a décidé d’offrir un statut membre contre rémunération mais n’a pas rendu son site payant. Plusieurs systèmes ont été testés et aujourd’hui plus de tote bag ou de tickets pour un événement si l’on souhaite participer au financement. Il est rappelé à la fin de chaque article : le journalisme de qualité coûte cher, vous pouvez aider le Guardian pour aussi peu qu’un dollar. Aujourd’hui le journal tire plus de revenus de ses lecteurs que de la publicité. Il compte 500 000 donateurs mensuels et 300 000 donateurs ponctuels.

Et les salariés dans tout ça ? Les médias américains se tournent vers le syndicalisme

Les syndicats sont morts, vivent les syndicats !

Ce n’est pas des États-Unis où le syndicalisme n’est pas des mieux vus que l’on pouvait s’attendre à ce genre de nouvelles, et pourtant. Vox cherche à se syndiquer. Le média comprend 350 employés rédacteurs ou vidéastes, entre New York et Washington. Si cette nouvelle peut surprendre, c’est aussi que fin octobre les deux sites DNAInfo Gothamist avaient tenté de se syndiquer à la Writers Guild of America. Joe Ricketts, leur propriétaire milliardaire, avait alors tout simplement décidé de fermer les deux entités médiatiques et de mettre à la porte 115 salariés le 2 novembre, une semaine après la victoire syndicale. Un article de Marick Masters, professeur d’économie et de commerce à la Wayne State University analyse, il n’est pas possible de fermer tous les médias qui se tournent vers un syndicat. Rassurant ?

Le LA Times franchira-t-il le Rubicond ?

Qui a besoin d’une protection syndicale quand l’entreprise fonctionne si bien ? Cet argument était tenu au sein du LA Times durant ses années d’expansion. Aujourd’hui, le journal n’est plus à l’apogée et les salariés ont décidé que le temps de la protection syndicale est arri. Le responsable de la rédaction par intérim, Jim Kirk, tente bien de décourager les journalistes par des phrases optimistes : le syndicat ne peut pas accorder des avantages sans l’accord de la direction. Ambiance à la rédaction. Le syndicalisme c’était il y a encore quelques années impensable au sein du LA Times, la Columbia Journalism Review en retrace l’histoire.

Source : Wikimedia Commons

Représentation du handicap à la télé française : peut-on faire pire ?

Dans le cadre de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, Sonia Devillers recevait Thomas Sotto et Mémona Hintermann, membre du CSA. Les chiffres révélés depuis juin ne sont pas reluisants. En 2016, 0.8% des personnes représentées à la télévision française étaient handicapées, 12 millions de Français le sont. Vendredi dernier l’émission Touche pas à mon poste de Cyril Hanouna s’est concentrée sur le handicap, un premier pas vers la représentation plus large du handicap sur nos écrans ? Quant à savoir si la télévision française peut faire pire que 0.8%, la réponse est oui. En 2016 les jeux paralympiques diffusés par France Télévisions ont dopé les chiffres habituellement à 0.4%.

La parole et les places se libèrent

On vous en a déjà parlé et , mais les remous de l’affaire Weinstein continuent au sein des médias, notre suivi aussi. Cette semaine on note en autres :

  • Charlie Rose à CBS, la chaîne a décidé de licencier son présentateur vedette après que des témoignages lui sont parvenus, le tout en 24 heures chrono

 

Le changement, que semble avoir apporté les scandales à répétition, est que les femmes sont désormais presque crues, lorsqu’elles se plaignent de comportements déplacés. La chaîne parlementaire a eu des difficultés à suspendre Frédéric Haziza, la direction passe, selon Buzzfeed, par tous les arguments, dont un chic  : « On peut se demander si une main aux fesses est un geste à connotation sexuelle ».

 

Sur ce bon mot, bonne journée et à la semaine prochaine.

 

Austérité, liberté de la presse et Monkey : que s’est-il passé dans le monde impitoyable des médias cette semaine ?

Manuel Valls fait un retour fracassant pour fracasser Edwy Plenel, Françoise Nyssen cherche la taupe du ministère de la Culture façon Patrice Évra en 2010, le gouvernement prévoit un mariage forcé entre France Télévisions et Radio France et Bernard Arnault ne semble pas très enjoué à l’idée de jouer le remake de « Casse toi riche con ! »  (Une de Libé en 2012) : bref, rien de bien neuf sous le soleil cette semaine pour la revue de presse du 9 au 16 novembre !

Télé, papier, radio, web : quand rien ne va !

Le 13 novembre, Le Monde aura fait trembler les murs de la Maison de la Radio et de France Télévisions. Un document de travail confidentiel, « Contribution au comité action publique 2022 » (CAP 22), a fuité des services du Ministère de la Culture et de la Communication auquel est rattaché l’audiovisuel public et s’est retrouvé décortiqué dans les pages du quotidien du soir. « Ouch  » a même lâché Fabienne Sintes, présentatrice de l’émission Le téléphone sonne sur France Inter, à la lecture des révélations :

On l’aura compris, le quinquennat d’Emmanuel Macron sera synonyme d’austérité budgétaire. Comme l’explique Le Monde, l’audiovisuel public n’y échappera pas. Le gouvernement planche sur une refonte complète des institutions médiatiques, qui pourra être mise en application dès 2018 : fusion de France Télévisions et Radio France au sein d’une « holding », suppression pure et simple de la chaîne de l’Outre-Mer, France Ô, passage au tout numérique de France 4 et la station Le Mouv’, rapprochement de France 3 et de France Bleu… Un bouleversement sans précédent si le projet abouti qui ne se fera pas sans vague, d’autant plus que le document n’exclut pas non plus des suppression de postes. Au ministère de la Culture, on insiste sur le fait que « rien n’est validé » et « provisoire ».

Le Syndicat National des Journalistes de France Télévisions , peu surpris par le fond du dossier, s’est fendu d’un commentaire lapidaire : « On voit bien que le pluralisme éditorial n’est pas une préoccupation du gouvernement. Ces pistes, c’est un retour à l’ORTF. Ce n’est pas franchement moderne ». Une « start-up ORTF » qui a aussi beaucoup amusé Charline Vanhoenacker dans la matinale de France Inter :

Mais tout le monde ne réagit pas aussi mal à la lecture de ces révélations. Interrogé dans Village Média sur Europe 1, Alex Goude, récent transfuge de M6 à France 4, estime que « le numérique est l’avenir. Évidemment, je préfère que l’on soit à l’antenne en hertzien, c’est sûr. Mais il faut y être (sur le numérique) ».

Quant au journaliste média, Julien Bellver, il est beaucoup plus corrosif :

  • Charlie Hebdo et Médiapart : la guéguerre empire

Après l’idylle des débuts, la rupture est consommée entre Médiapart et Charlie Hebdo. Les deux médias s’écharpent depuis déjà plus d’une semaine autour des révélations de viols de Tariq Ramadan.  « Ce conflit entre deux journaux importants a pris des proportions qu’on ne pouvait pas imaginer », c’est par cette phrase que Claude Askolovitch, éditorialiste de France Inter, a introduit sa revue de presse du 15 novembre.

Le même jour, dans Charlie Hebdo, le dessinateur et directeur de la publication, Riss, dans son édito, assène le coup de grâce à Edwy Plenel, coupable selon lui de cette phrase  alors que l’homme à la moustache nie l’avoir dit :  « La Une de Charlie Hebdo fait partie d’une campagne générale de guerre aux musulmans. »

« Cette phrase […] nous ne la pardonnerons jamais. Car en la prononçant, Plenel condamne à mort une deuxième fois Charlie Hebdo. Cette phrase n’est plus une opinion, c’est un appel au meurtre. »

Riss, Charlie Hebdo, le 15 novembre 2017

L’accusation est grave, sans mesure, aucune. La rixe laissera à coup sûr des traces dans le paysage médiatique français. Par média interposé, Charlie Hebdo a tantôt accusé Edwy Plenel de complaisance avec le très controversé Tariq Ramadan quand le directeur de Médiapart voyait en Charlie un journal islamophobe. La guerre des « gauches irréconciliables » synthétisée en une opposition binaire et caricaturale en somme selon Libération.

Une pétition de soutien à Médiapart signée par 150   personnalités parmi lesquels Thomas Piketty, Caroline de Hass ou encore Olivier Besancenot avait été publiée le 12 novembre.

Cette polémique ne se limite plus aux colonnes des journaux mais se fait un écho sur la place publique : tout le monde s’en mêle, Manuel Valls en tête, tout en demie mesure :

  • Salut les Terriens et Les Terriens du Dimanche (C8) dans la tourmente

Les « bad buzz » s’enchaînent pour Thierry Ardisson. Depuis septembre, rien ne va plus et le duo Ardisson-Baffie semble ne plus faire rire grand monde : Vald, Anne Nivat, Nolwenn Leroy, Juan Pablo Escobar, Jean-Pierre Pernault. Tous ont vu, de près ou de loin, leur nom être associé à une polémique après leur passage sur C8, de façon plus ou moins responsable.

Cette semaine ne déroge pas à la règle avec pas moins de deux « scandales ». Après avoir interroger le blogueur de téléréalité Jeremstar sur l’affaire Merah, Thierry Ardisson continue à interroger tout le monde sur n’importe quoi. Cette fois, c’est le créateur de 84 ans, Karl Lagarfled qui s’est illustré, dérapant sur la politique migratoire mise en place par Angela Merkel. Sans réaction autre qu’un petit rictus de l’intervieweur qui estime « ne pas être là pour débattre ». Extrait.

Le CSA a été saisi d’étudier la séquence polémique.

Enfin, c’est la chroniqueuse Raquel Garrido qui a affolé la toile en annonçant son départ de la France Insoumise car le CSA comptabilisait son temps de parole pour le parti de Jean-Luc Mélenchon. L’avocate accuse le CSA de l’avoir poussé à la démission, capture d’écran à l’appui, comme le rapporte Le Lab d’Europe 1, ce que l’institution de contrôle audiovisuel réfute.

Fin de la connivence entre média et politique ? Pas si sûr…

La France, une liberté de la presse à géométrie variable

Comme sa collègue du gouvernement Muriel Pénicaud en juin, Françoise Nyssen, ministre de la Culture, a annoncé son intention de porter plainte contre X après la fuite, dans Le Monde, d’un document de travail sur la refonte de l’audiovisuel public (voir plus haut). Le macronisme serait-il incompatible avec la protection des sources ?

Dans un édito, Luc Bronner, directeur de la rédaction du Monde, s’est ému de cette décision. « Cette démarche est inquiétante, encore plus venant de la ministre de la culture, chargée de la communication. Car, si son entourage assure que la plainte ne vise pas Le Monde, elle cible, de façon évidente, nos sources d’information en cherchant à les tarir par la menace de poursuites judiciaires. »

La future plainte de Françoise Nyssen pour découvrir la source de la fuite inquiète bien au delà du quotidien du soir. A la Maison de la Radio d’abord, avec le billet politique de Frédéric Says dans la matinale de France Culture qui fustige une « vision pour le moins datée et rétrograde ». Le Média, future web télévision de gauche, a aussi partagé son indignation tout comme Pierre Januel, ancien porte-parole du Ministère de la Justice.

  • La France, une certaine idée de la liberté de la presse

Portée en étendard au lendemain de l’attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015, la liberté de la presse en France a malgré tout encore quelques progrès à faire. En 2017, Reporters Sans Frontières a classé la France 39ème au rang des pays respectant le plus la liberté de la presse. Mais les affaires qui se sont déroulées cette semaine ne risquent pas de faire remonter l’Hexagone au classement.

Camille Polloni, journaliste pour Les Jours a eu la désagréable surprise de se découvrir fichée par les services de police et de renseignement. Démarrée il y a six ans, la procédure aboutit tout juste  et la journaliste le raconte elle-même sur le site des Jours. Le Conseil d’État a rendu sa décision le 8 novembre et a déclaré la détention de ces informations détenues comme « illicites ». Elles devront être détruites. Une victoire en apparence mais « On ne saura donc jamais ce que contiennent ces fichiers, que ce soit des informations concernant la vie privée de Mme Polloni, ou des informations liées à sa profession », a insisté son avocat.

Dans le pays des droits de l’Homme toujours, une journaliste du quotidien suisse Le Temps a aussi eu le droit à une désagréable surprise. En effet, en reportage sur les migrants à Briançon, l’envoyée spéciale Caroline Christinaz a trouvé sur son chemin les forces de l’ordre française qui l’ont embarquée manu militari pour un interrogatoire de deux heures pendant lequel elle a été forcée à fournir ses codes de téléphone. Dans son éditorial, le rédacteur en chef Stéphane Benoît-Godet  s’érige contre cet évènement : « Ce n’est pas digne de la France à qui nous demandons des explications et des excuses ». L’arrestation de Caroline Christinaz a par ailleurs fait réagir l’association de la presse judiciaire par un communiqué :

Paradise Papers, acte II

Jamais deux sans trois ! Décidément, Le Monde n’a pas passé la meilleure semaine de son existence. Après les révélations sur les Paradise Papers, menées en collaboration avec l’ICIJ, Le Monde va comprendre l’expression « le revers de la médaille » mieux que quiconque.

Dans son édition du 15 novembre, Le Canard Enchaîné dévoile que Bernard Arnault, première fortune de France, a tout bonnement décidé sanctionner  le journal Le Monde. Vexé d’avoir vu ses millions disséminés dans des paradis fiscaux étalés sur la place publique, le milliardaire va retirer toutes les publicités du groupe LVMH du quotidien. Soit un manque à gagner de 600 000€ pour Le Monde dont le copropriétaire n’est autre que Xavier Niel, le gendre de Bernard Arnault.

Le groupe LVMH dément cependant un retrait total.

Une décision qui n’a pas manqué de faire réagir les internautes dont une ancienne magistrate, et surtout les journalistes « twittos », toujours prompt à défendre la liberté de la presse. Florilège !

La liberté de la presse, oui, mais pour les autres …

La presse française, c’est parfois deux salles, deux ambiances. Quand tout le monde  parle en boucle  des Paradise Papers, révélés en France par Le Monde, Radio France et Première Ligne TV, L’Obs décide de prendre le total contrepied en publiant un dossier spécial de dix-sept pages sur le placement d’argent et la … défiscalisation. C’est en tout cas ce dont est accusé le journal  par Acrimed : « le « Spécial placements » de l’hebdomadaire confirme ce que nous savions depuis une quinzaine d’années : L’Obs est bien un magazine pour riches . »

Mais l’accusation va plus loin : Acrimed fait plus que sous-entendre que ce dossier ne serait qu’un publireportage déguisé. L’association observe une presque parfaite symétrie entre les articles et les publicités qui jalonnent le dossier.

« Il faudrait avoir une vue défaillante pour ne pas remarquer les correspondances précises entre les pages de publicité et les thèmes des articles. Ainsi « l’article » titré « Réorganiser son patrimoine immobilier » (pour payer moins d’impôts) est accompagné d’une publicité sur l’immobilier locatif intitulée « Avec Réside Etudes, cumulez investissements dans la pierre, avantages fiscaux et revenus garantis. »  « 

Là, au moins, aucun risque de voir ses revenus publicitaires sucrés par Bernard Arnault…

A l’international, guère plus de réjouissance

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’administration Trump veut aider les médias. Les médias hongrois plus particulièrement. Face aux intimidations répétés de l’autoritaire Viktor Orban, le département d’État américain a décidé de créer un fond de soutien au pluralisme en Hongrie. Il l’a annoncé via son organe de presse Voice of America.

Il s’agit de 700 00$, soit 600 000€, destinés à former et équiper les journalistes, principalement dans les zones rurales, où ne sont présents que les médias du pouvoir. L’argent sera disponible en mai 2018.

De son côté, la Hongrie dénonce une ingérence des États-Unis pour influer sur la prochaine élection présidentielle.

Vladimir Poutine est un homme susceptible. Il n’a toujours pas digéré l’enregistrement de la chaîne financée par le Kremlin, Russia Today, comme agent étranger sur sol américain, après  l’ingérence russe avérée pendant la campagne présidentielle américaine.

« L’attaque contre nos médias est une attaque contre la liberté d’expression. Nous devrons absolument riposter, et ce sera une riposte similaire »
Vladimir Poutine au Vietnam, le 11 novembre 2017

Le président russe avait promis une « riposte » et a fait voté une loi similaire à la loi dite FARA (Foreign Agents Registration Act), le 15 novembre. Pourront désormais être considérés comme « agent étranger » des médias étrangers et russes en Russie dès lors qu’ils bénéficient d’un financement étranger.

Votée à une écrasante majorité (409 sur 450 parlementaire, aucun vote contre), cette loi n’a été débattue qu’une seule journée et préparée en un seul week-end.

Œil pour œil, dent pour dent : Poutine n’aime pas que l’on morde la main qui nous nourrit !

Enfin une bonne  nouvelle !

  • Emmanuel Chain lance son nouveau média : Monkey

On connaissait déjà Explicte, Brut, Now This… Il faudra maintenant compter sur un nouveau média vidéo sur les réseaux sociaux (Facebook, YouTube et Twitter): Monkey. C’est Emmanuel Chain, ancien présentateur de Capital sur M6, qui a annoncé le lancement officiel dans l’Instant M sur France Inter.

Le concept est simple et destiné aux « millennials « , ceux qui sont nés avec les codes des réseaux sociaux : une vidéo par jour de trois minutes. pour décrypter un sujet d’actualité. « Ces générations, certes, ils aiment l’info LOL et divertissante, et c’est formidable. Mais ils sont aussi extrêmement curieux […] Ils ont envie de comprendre le monde dans lequel ils vivent. »

Lancé discrètement ces derniers mois, Monkey revendiquait déjà « plus de 2 millions de vues et 10 000 abonnés », avant même son lancement officiel. Reste à savoir s’il reste de la place pour un nouveau média de ce type…

A jeudi prochain pour une nouvelle revue de presse !

 

Harcèlement, conflits et obstacles : des journalistes qui résistent ?

Le métier de journaliste n’est pas devenu plus facile depuis la semaine dernière. Cette semaine encore, une journaliste a été harcelé, des rédactions sont en conflit avec des réseaux sociaux, des personnalités ou même d’autres rédactions. Les obstacles sur le chemin des journalistes ne manquent pas, allant de rapports difficiles avec les réseaux sociaux jusqu’à diverses formes de pouvoir essayant d’orienter leurs publications. Cependant, le tableau n’est pas toujours aussi noir et quelques victoires ont pu être remportées cette semaine, notamment devant les tribunaux.

Journalistes et réseaux sociaux : des rapports difficiles

  • La journaliste Nadia Daam harcelée et menacée

Mercredi 1er novembre, Nadia Daam faisait sa chronique sur Europe 1 au sujet du numéro de téléphone dit « anti-relou » et du sabotage dont ses créateurs ont été victimes. Des internautes du forum « 18-25 », de Jeuxvidéo.com se sont lancés dans une campagne de cyber-harcèlement qui a mené à la suspension du numéro, harcèlement également repris par ces mêmes acteurs sur Twitter.

 Suite à sa chronique, la journaliste a, à son tour, été victime de harcèlement par ces mêmes forums, recevant entre autre des menaces de mort et de viol. Nombre de ses collègues lui ont apporté son soutien dans une tribune. Europe 1 a déposé le jour même, une plainte pour « menace de crime contre les personnes ».
  • Le Canard Enchaîné en conflit avec Facebook

L’hebdomadaire satyrique fait part, dans les colonnes de son édition du mercredi 1er novembre, de son combat face à Facebook pour faire supprimer de faux comptes qui se font passer pour le journal sur le réseau social. Un compte avait été supprimé début 2017 mais d’autres avaient aussitôt été créés. Il semblerait que Facebook ne s’attaque pas pleinement au problème qui selon le Canard, lui porte préjudice et ce malgré les demandes répétées de l’hebdomadaire auprès des dirigeants du réseau social.

Le 19 septembre, Le Canard enchaîné passe à l’étape suivante par le biais de son avocat et envoie un courrier au directeur général de Facebook France,Laurent Solly. Celui-ci  répond, par ses avocats, que Facebook France dépend du droit américain et irlandais (où se trouve son siège) et qu’il ne peut rien faire. Le journal ironise car c’est la même montage financier qui permet au réseau social de payer moins de taxes en Irelande qui le rend légalement impuissant sur cette question. Facebook a finalement supprimé trois faux comptes, mais le journal en avait signalé huit …

  • À Libération, les tweets pour se moquer de la direction, c’est fini !

La nouvelle direction de Libération ne plaît pas toujours à ses journalistes et certains se sont gentiment moqué sur Twitter de la stratégie « digitale » du groupe Altice qui détient désormais le journal.

La plaisanterie a cependant été de courte durée. Arrêt sur image a révélé un courrier interne de Johan Hufnagel, le numéro deux du journal, à sa rédaction. « Merci d’arrêter de régler vos comptes avec Altice sur Twitter. Si vous avez des problèmes avec les communications internes du groupe, il y a des instances représentatives pour ça. Merci », ont ainsi pu lire les journalistes. Après la présentation par le New York Times à sa rédaction des lignes directrices du comportement que les journalistes doivent adopter sur les réseaux sociaux, la retenue dans l’expression sur internet semble être de mise pour tout le monde.

  • Pendant ce temps, Charlie Hebdo se dispute « à l’ancienne » avec Mediapart

Le journal satyrique accuse Edwy Plenel, co-fondateur de Mediapart, d’avoir été au courant des viols dont Tariq Ramadan est accusé et de l’avoir couvert en ne publiant pas l’affaire. L’accusation était en une du journal du mercredi 8 novembre où figure une caricature avec un Edwy Plenel dont les moustaches lui cachent les yeux, la bouche et les oreilles et avec en titre « Affaire Ramadan, Mediapart révèle : « On ne savait pas »« .

La rédaction du site d’investigation en ligne a réagit par un article en soulignant son attachement à la liberté d’expression et le droit de Charlie Hebdo de publier cette caricature mais jugeant ces accusations « fausses et infamantes ».

Tentatives d’influence des puissances économiques sur la presse

  • Affaire Harvey Weinstein : espionnage et corruption de journalistes

Après la révélation dans le New Yorker du harcèlement, des agressions sexuelles et des viols dont  Harvey Weinstein est accusé, Ronan Farrow met maintenant au grand jour les pratiques du businessman pour réduire victimes et journalistes au silence.

Le journaliste révèle que le producteur américain a engagé des ex-agents du Mossad, le service de renseignement israélien, comme détectives privés à travers l’entreprise Black Cube. Ces derniers se seraient présentés sous une fausse identité, parfois prétendant être des victimes, à des journalistes enquêtant sur Weinstein pour découvrir ce qu’ils savaient et qui, parmi les victimes, avait parlé à la presse. Certains journalistes ont réussi à repérer le piège mais ces agents ont tout de même réussi à piéger des victimes et à les faire chanter. Ronan Farrow montre que l’entreprise avait explicitement pour objectif d’obtenir des informations visant à empêcher la publication d’un article contre leur client dans le New York Times.

Le scandale ne s’arrête pas là. L’article révèle également que Weinstein aurait corrompu des journalistes en les embauchant pour mener des interviews et lui faire remonter les informations. C’est donc tout un système de chantage et de corruption que Harvey Weinstein semble avoir mis en place.

  • Liste noire et boycott entre Disney et le Los Angeles Times 

Suite à un article du Los Angeles Times sur les opérations financières de Disney, les studios de production avaient décidé de bannir le journal des projections de leurs films à la presse, jugeant la couverture médiatique de ce sujet « biaisée« . De nombreux titres de presse ainsi que des associations de critique cinématographique ont alors décidé de boycotter les projections des films Disney en soutien à leurs confrères. La critique du Washington Post, Alyssa Rosenberg est une des premières à avoir refusé d’assister aux projections Disney et a rapidement été suivie.

Avec de grosses productions prévues à l’approche de Noël comme le dernier « Star Wars », il semble que Disney ait revu sa position et a  levé l’interdiction du LA Times, peu de temps après cette levée de boucliers, mercredi 8 novembre.

Face à toutes ces menaces, quelques victoires pour la presse cette semaine

  • TF1 sort victorieux de son conflit avec SFR

Le conflit vieux de plus d’un an portait sur la diffusion en replay des programmes de TF1 sur la plateforme de SFR réservée aux abonnés. La chaîne de télévision demandait une rémunération de ce service par les opérateurs téléphoniques. Dans l’impasse avec SFR, elle avait même coupé l’accès à son replay à tous les abonnés de l’opérateur en juillet dernier. Il semble que les deux parties aient trouvé un terrain d’entente puisqu’un accord a été annoncé lundi 6 novembre. Selon Le Monde, cette rémunération serait chiffrée entre 10 et 20 millions d’euros par an. Pour ce prix, les utilisateurs SFR auront accès à de nombreux services et fonctionnalités comme le « start over » (pour revenir au début du programme) ou le multi-écrans.  Concernant les autres opérateurs téléphoniques, les négociations se poursuivent.

  • L’Azerbaïdjan, une dictature ? Victoire pour les journalistes de Cash Investigation

L’Azerbaïdjan avait déposé une plainte contre Élise Lucet et Laurent Richard, journalistes de l’émission Cash Investigation diffusée sur France 2, pour diffamation. Dans uns enquête de 2015, Élise Lucet avait qualifié le pays de « dictature, l’une des plus féroces au monde ». De nombreux journalistes s’étaient alors inquiétés qu’un État souverain puisse ainsi attaquer en justice des journalistes. Mardi 7 novembre, le tribunal correctionnel de Nanterre a jugé la plainte irrecevable en raison de la loi sur la liberté de la presse comme le rapporte Le Figaro.

  • « Paradise Papers » : la nouvelle enquête du Consortium International des Journalistes d’Investigation

Après les « Panama Papers », le CIJI dévoile une nouvelle enquête sur la fraude fiscale : les « Paradise Papers ». Cette nouvelle enquête regroupe 96 médias issus de 67 pays différents qui ont traités pendant un an plus de 13 millions de documents comme l’explique le journal Le Monde. L’enquête a donc été menée à partir de documents envoyés anonymement au journal allemand Süddeutsche Zeitung en 2016 qui a ensuite convié le Consortium International des Journalistes d’Investigation pour traiter toutes ces données.

Les différents volets de l’enquête ont commencé à être publiés par les médias participants le dimanche 5 novembre et continueront d’être révélés au compte goûte. Le Consortium rappelle cependant qu’il est ici dans son rôle de journaliste et n’a pas vocation à se substituer aux autorités. Par conséquent, les données récupérées ne seront pas transmises aux autorités concernées qui devront mener leur propre enquête.

Comme le dit Daniel Cohn-Bendit, « les Paradise Papers, c’est une victoire pour la presse »

Rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle revue de presse sur l’actualité des médias !

Violence, sexisme et internet : qu’est-ce qu’être journaliste aujourd’hui ?

On ne va pas le cacher, l’actualité média de la semaine passée est relativement inquiétante. Entre hausse de la violence et harcèlement sexuel envers nos confères, les nouvelles ne sont globalement pas positives. Pourtant, les journalistes ne sont pas du genre à se laisser faire et mettent en oeuvre des solutions alternatives pour passer outre les difficultés auxquelles ils font face. Nouveaux outils de protection, dénonciations en justice, et nouveaux usages d’internet sont de mise pour la revue de presse du 26 octobre au 2 novembre.

Journaliste : Un métier de plus en plus dangereux ?

Après l’assassinat de la journaliste malte Daphne Caruana Galizia et l’attaque au couteau à l’encontre de la journaliste russe, Tatyana Felgenhauer, certains médias tentent de trouver des solutions concrètes afin de protéger leurs journalistes. En ce 2 novembre 2017, Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes contre les journalistes, Twitter révèle l’ampleur des dégâts.

  • Un journaliste pakistanais gravement blessé

Un journaliste critique du régime militaire pakistanais, Ahmad Noorani, a été attaqué vendredi par un groupe de six hommes non-identifiés, dans la capitale, Islamabad, le laissant gravement blessé, a révélé Pakistan Today. A cause de son travail, il était déjà victime d’une série de menaces, qui l’avait conduit à déménager pour rejoindre la capitale, et à fermer son compte Twitter.

Le jour même, des journalistes pakistanais, réunis devant le Club de la presse d’Islamabad (National Press Club), ont condamné cette attaque à l’encontre de leur confrère et les violences exercées contre leur profession.

  • Les médias russes arment leurs journalistes

Les rédacteurs en chef du journal d’opposition Novaïa Gazeta ont annoncé qu’ils envisageaient de faire bénéficier leurs journalistes d’un entrainement aux armes et de les armer, pour leur permettre de se protéger en cas d’attaque. Cette décision intervient à la suite de l’attaque au couteau contre une journaliste russe, en pleine émission de radio, Tatyana Felgenhauer. « Si l’Etat n’est pas prêt à nous protéger, nous nous protégerons nous-mêmes » a expliqué  Sergueï Sokolov à l’AFP, un adjoint du rédacteur en chef de Novaïa Gazeta.

Parallèlement, selon le Courrier de Russie, l’entreprise Kalashnikov, fabricants des fusils-mitrailleurs AK-47, aurait proposé une « réduction de 10% aux journalistes russes sur l’achat de pistolets traumatiques (arme non létale) ». Un bon coup de com’ certes… une solution efficace, peut-être pas.

  • Le français Laurent Richard lance « Forbidden Stories »

Reporters sans Frontières, en association avec la plateforme Freedom Voices Network, a annoncé lundi 30 octobre, l’instauration de Forbidden stories. Il s’agit selon RSF d’un « projet destiné à sécuriser les données des journalistes menacés et à poursuivre et publier leurs enquêtes en cas d’homicide ou d’arrestation. »

À défaut de protéger directement le journaliste, cet outil va permettre de protéger son travail, tout en lui garantissant la finalisation et la publication de son enquête dans le cas où il lui arriverait quelque chose. « Un journaliste se met en danger s’il reste tout seul avec son disque dur. La dissémination limite le risque », expliquait Laurent Richard à Télérama, en mai 2017.

  • Le 2 novembre, journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes contre les journalistes

90% des meurtres de journalistes demeurent impunis selon les informations transmises à l’UNESCO par ses Etats-membres, en 2017. Au total, entre 2006 et 2016, 930 journalistes ont été assassinés et 90% de ces assassinats n’ont donné lieu à aucune décision de justice.

Nombre de journalistes tués entre 2006 et 2016, rapport de l'UNESCO

Contre la multiplication de ces crimes, en 2013, l’assemblée générale des Nations Unis a adopté une résolution qui a fait du 2 novembre, la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes contre les journalistes.

Suivez la Journée internationale avec les hashtags #FinDelImpunité et #Journosafe.

Les femmes prennent la parole

Depuis les révélations visant Harvey Weinstein, le 5 octobre, par le New York Times, les affaires de harcèlement sexuel ne cessent de se multiplier. Une grande partie de ces accusations visent de grandes figures du cinéma. En revanche, ce large mouvement de libération de la parole des femmes a également un impact sur le monde des médias.

  • Sexisme et harcèlement sexuel dans le monde des médias 

Le journaliste politique Mark Halperin est accusé de faits de harcèlement sexuel, lorsqu’il travaillait chez ABC News. Alors que déjà dix femmes ont déclaré au Washington Post et à CNN avoir été harcelées par le journaliste, ce dernier s’est excusé sur son compte Twitter vendredi 27 octobre. « Pendant longtemps, chez ABC News, j’ai fait partie du problème, j’en suis conscient et je le regrette grandement », peut-on y lire.

ShowTime, MSNBC et NBC news, où il travaillait actuellement, l’ont écarté de ses fonctions, lundi 30 octobre, tandis que les déclarations de harcèlement dans les médias se multiplient.

  • « Le pire avec Oreskes ce n’était pas ses gestes et allusions inappropriés, mais le fait qu’il détruise toutes mes ambitions »

Michael Oreskes, rédacteur en chef de NPR, a été congédié*, mardi 31 octobre, en raison d’accusations de harcèlement sexuel à son égard, selon une enquête menée par le Washington Post. Deux journalistes l’ont accusé de les avoir sexuellement harcelées alors qu’il était responsable du bureau de Washington du New York Times, des faits qui remontent aux années 1990. Aucune de ces deux femmes n’a osé porter plainte au moment des faits, craignant que cela ne mette en danger leur futur au sein de la rédaction. Une enquête est actuellement en cours et déterminera l’avenir de Michael Oreskes chez NPR.

* Une mise à jour de l’article du Washington Post (1er novembre) indique de M. Oreskes aurait lui-même décidé de démissionner de ses fonctions à NPR, mercredi 1er novembre.

  • « Fais attention à Éric Monier »

Les journalistes français ne semblent pas en reste. Éric Monier, ex-directeur de la rédaction de France 2 et actuel directeur de la rédaction LCI, est également accusé de faits similaires. Anne Saurat-Dubois, journaliste politique, a annoncé lundi 30 octobre qu’elle portait plainte contre son ancien chef pour harcèlement sexuel et moral.

La journaliste raconte que son refus d’avoir des relations sexuelles avec son ancien patron a marqué la fin de son parcours professionnel chez France 2. Dans une enquête menée par BuzzFeed News, treize autres journalistes, dont douze femmes, qui travaillaient alors sous les ordres de Monier, racontent ses dérives : « le sexisme pesant qu’il faisait régner, ses remarques de « gros dégueulasse » et l’avertissement que les femmes se passaient entre elles de ne pas rester seule avec lui ». Faire attention à Éric Monier, tel est le conseil que se passaient entre elles les femmes qui ont croisé son chemin.

  • Vers la fin des inégalités de salaire ?

Parallèlement, à cette libération de la parole des femmes ayant subi des faits de harcèlement ou de violence sexuels, d’autres entendent mettre fin aux inégalités de salaire qu’elles subissent face à leurs collègues masculins. Au moins dix journalistes (femmes) de la BBC sont actuellement en train de travailler avec des avocats, concernant les inégalités de salaire au sein du groupe, et envisagent des poursuites en cas de non-résolution du conflit.

"mind the gap"

Une liste des salaires, publiée le 19 juillet 2017 par la BBC, a révélé que les journalistes masculins étaient en moyenne rémunérés 9,3 % de plus que leurs collègues féminines*. Tony Hall, directeur général de la BBC, a déclaré que « l’égalité de salaire est vitale. Nous avons juré de mettre fin (aux inégalités de salaire) d’ici 2020 et nous visons l’égalité et la diversité sur nos plateaux. Nous avons déjà fait beaucoup, mais il nous reste encore des choses à accomplir ».

* Pour information, la moyenne britannique est établie à 18,1%.

La refonte des médias : Quelles solutions alternatives ?

Pendant ce temps, les médias continuent de s’adapter aux bouleversements induits par le développement d’internet. Réseaux sociaux, concentration croissante, montée en puissance des plateformes VOD et des GAFA… Voici quelques solutions alternatives et originales mises en oeuvre cette semaine.

  • Face à la censure, le New York Times se lance sur le Dark Net

Après ProPublica en janvier 2016, vendredi 27 octobre, le New York Times a annoncé la mise en ligne d’une version expérimentale de son site sur le Tor, le « routeur oignon », où les données de navigation sont anonymes. Cette décision vise à contourner la censure de certains pays, parmi lesquels la Chine, mais aussi à s’adresser aux internautes qui préfèrent rester anonymes sur le web. « Le Times est dédié à la qualité et l’indépendance du journalisme et notre équipe d’ingénieurs prend soin de permettre à nos lecteurs d’y accéder en toute sécurité » a déclaré le journal dans un communiqué.

  • Vers une union de la presse indépendante ? 

Plusieurs médias indépendants dont Mediapart sont entrés au capital de Mediacités, site d’investigation locale, a annoncé le site dans un communiqué. « Cette prise de participation minoritaire prolonge un partenariat éditorial engagé ces derniers mois qui a pris la forme d’échanges d’articles ou d’enquêtes réalisés en commun », peut-on y lire.

Deux autres groupes de presse indépendants ont également pris des parts minoritaires a précisé Mediacités : Indigo Publications et l’agence de presse coopérative CAPresse. Les montants investis par ces médias sont symboliques, mais « c’est un signe d’une presse indépendante qui s’entraide et qui joue la mutualisation » a déclaré à l’AFP Jacques Trentesaux, cofondateur et directeur de la publication de Mediacités.

  • Faire de la promo, une nouvelle source de revenus ?

BuzzFeed Advertise

Le pure-player BuzzFeed augmente déjà ses revenus grâce à la publicité et la vente de ses propres gadgets. Dorénavant, il entend obtenir une nouvelle source de revenus en faisant de la publicité pour des petites sociétés aux produits inventifs, grâce à des articles, des posts sur les réseaux sociaux et des vidéos, en échange de 10 à 20 % des revenus nets de vente des sociétés sélectionnées, a révélé Recode vendredi 27 octobre.

  • La constitution d’une BBC à la française ?

Interrogée sur France Inter, vendredi 27 octobre, Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, a répondu aux inquiétudes sur l’avenir de l’audiovisuel public. Selon elle, il faut explorer des pistes pour « rationaliser » le fonctionnement des télévisions et radios publiques. « Pas de fusion », mais « une coopération, une synergie » : il s’agit de repenser l’organisation des chaines de télévision et de radio, en prenant exemple sur la réorganisation du média France Info.

Au cours des dernières années, ce projet est souvent apparu dans le débat public, sans jamais se concrétiser. Cependant, mardi 31 octobre, Le Figaro a révélé que les présidents de France Télévisions (Delphine Ernotte Cunci), Radio France (Mathieu Gallet), France Médias Monde (Marie-Christine Saragosse) et de l’INA (Laurent Vallet) ont reçu un courrier des ministres de l’Économie, des Comptes public et de la Culture. Le projet se concrétise et le gouvernement consulte les principaux intéressés, afin qu’ils réfléchissent aux « périmètre et missions du service public, auxcoopérations à mettre en œuvre (…) et aux moyens pour renforcer l’efficacité opérationnelle du service public ».

Regrouper les médias, une solution viable pour la survie de l’audiovisuel public ? Pour beaucoup, rapporte Les Échos, « rapprocher les sociétés sans un plan social et de réelles synergies, comme pourrait le faire une entreprise privée, n’aurait pas beaucoup de sens ».

Pour terminer cette revue de presse, prenez le temps de regarder cette vidéo de James Corden répondant à la question de D. Trump : « What could be more fake than CBS, NBC, ABC and CNN ? » (Que pourrait-être plus faux que CBS, NBC, ABC et CNN ? ).

Journalistes en herbe ou professionnels reconnus, ne craignez donc rien, nous avons encore de l’avenir.

À jeudi prochain pour un nouveau point sur l’actualité des médias !

États, actionnaires privés et Facebook : quelle(s) trajectoire(s) pour les médias ?

Prenez une dose de conflit avec l’État à travers le monde puis ajoutez la question de l’indépendance vis à vis d’entreprises privées. Évoquez la recherche de nouveaux modèles par les médias français et saupoudrez le tout des tests effectués par Facebook dans la diffusion d’informations. Laissez réfléchir, rêvez un instant et vous obtenez la revue de presse de la semaine du 19 au 26 octobre !

Un contexte politique hostile aux médias 

  • L’ingérence de Madrid

 Samedi 21 octobre, en pleine crise sur l’indépendance catalane, le gouvernement espagnol a annoncé l’application de l’article 155 de la constitution espagnole. Ce qui signifie la mise sous tutelle des médias audiovisuels Catalunya Radio et TV3, la chaîne régionale. Madrid s’arroge ainsi le droit de nommer et congédier les dirigeants de ces médias. Une décision qui ne passe pas auprès de TV3. Cette chaîne indépendantiste est dans le viseur des autorités après plusieurs incidents. Un journaliste était notamment monté avec des militants sur une voiture de la Guarda Civil, lors d’une manifestation.

  • En Russie, le danger d’être journaliste indépendant.e

« Il est 12h35, lundi 23 octobre, lorsque Boris Grits, 48 ans, pénètre dans le bâtiment abritant la rédaction de la radio Écho de Moscou » raconte le Courrier de Russie. Quelques minutes plus tard, cet homme agresse au couteau Tatiana Felgenhauer, journaliste indépendante et identifiée comme hostile au pouvoir en place. Cette dernière n’est plus en danger de mort et a pu recevoir la visite de ses proches.

Si la thèse de la folie de l’agresseur n’est pas à négliger, plusieurs journalistes russes dénoncent un « climat de haine » envers les journalistes indépendants, ce que nie le Kremlin. Le site Meduza rappelle néanmoins que les 11 et 12 octobre, deux reportages à charge contre l’Écho de Moscou avaient été diffusés par la chaîne publique d’information Rossiya24.

Ceux qui possèdent la presse vous saluent

  • Le Monde Diplomatique met à jour son « Qui possède quoi »

Initiée en 2007 et après avoir donné lieu à l’impression d’un poster dans le numéro de décembre 2016 du Monde Diplomatique, cette carte réalisée avec Acrimed est de nouveau mise à jour. L’infographie Qui possède Quoi « assemble les faits et les chiffres concernant la propriété des grands moyens de communication, à l’exclusion des médias indépendants. » 

  • L’échange, pas si cordial, entre Weill et Niel

S’il s’agissait d’un combat de boxe, il faudrait inventer une nouvelle catégorie pour définir ces deux patrons de presse. Deux poids exponentiellement lourds des médias en France. D’un côté, Alain Weill, patron d’Altice Média (entité appartenant à SFR) et à la tête de RMC, BFMTV, Libération et l’Express. De l’autre Xavier Niel, patron de Free, propriétaire de l’Obs, Le Monde, Nova, …

Tout commence par une interview donnée par Xavier Niel dans l’émission Clique. Ce dernier déclare que « rendre la presse gratuite, c’est la détruire » et estime que la démarche de SFR (et donc d’Altice Média), relève d’une « magouille de TVA ».

Alain Weill n’a pas tardé à réagir. Il accuse notamment Xavier Niel d’avoir eu une « démarche assez similaire avec l’ADSL », en proposant automatiquement certaines chaînes de télé avec un abonnement internet. La presse non-indépendante est-elle destinée à se retrouver liée à des bouquets numériques ? C’est une des nombreuses questions qui habitent un secteur en recherche de nouveaux modèles.

Avenir des médias en France : quelles sont les principales tendances ? 

  • Julia Cagé nommée Présidente de la Société des Amis des Jours

Si, comme le démontre l’infographie « Qui possède quoi », 9 milliardaires ont la main sur près de 90% des médias français, la tendance est aussi à l’indépendance. En 2018, deux nouveaux médias indépendants financièrement verront le jour : L’Ebdo (format papier) et Le Média citoyen (format web). Lors d’un entretien avec 20 Minutes, l’économiste Julia Cagé, auteure de « Sauver les Médias » et soutien de Benoît Hamon lors de l’élection présidentielle, précise sa vision de l’avenir pour les médias qualifiés d’alternatifs.

L’économiste a également été désignée présidente de la Société des amis des Jours, site d’information indépendant lancé en 2016. Ce type de structure, rendu possible par la loi sur « la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias » de novembre 2016, permet à chaque actionnaire de bénéficier d’une réduction d’impôt.

  • L’Express fusionne ses activités

Du côté de l’Express (filiale de SFR Presse), Guillaume Dubois, le directeur du groupe, a annoncé dans les colonnes du Figaro « la plus importante transformation de l’Express depuis sa création ». La nouvelle offre, lancée début 2018, verra fusionner le contenu web et print et se présentera sous la forme d’un abonnement. L’Express se détournera ainsi du « hard-news » (actualité très chaude), au profit d’un travail plus axé sur l’enquête et l’approfondissement.

  • Un « front commun des médias indépendants de gauche » ?

Dans un édito publié sur son site internet le 24 octobre, le titre Regards appelle à la formation d’un « front commun des médias indépendants de gauche ». Sous la plume de son rédacteur en chef, Pierre Jacquemain, le trimestriel ancré à gauche appelle des titres comme « Le Monde diplomatique, Politis, Ballast, L’Humanité, Bastamag, Reporterre, Regards et bien d’autres » à « rassembler leurs forces ». Tout en souhaitant une refondation de l’aide à la presse, Pierre Jacquemain estime que la « presse alternative ne saura rencontrer l’écho qui lui revient – et donc tenir dans la durée, si [elle] ne se rassemble pas. »

Facebook va-t-il (toujours plus) dicter sa loi  ?

  • Le test d’un nouveau fil d’actualité scindé en deux 

Apparu en juillet, le fil « Explorer » a été annoncé comme un moyen de rassembler des « publications juste pour vous, de tout Facebook ». Autrement dit, un mélange entre actualités de comptes amis et de pages. Mais chez certains utilisateurs, le fil Explorer correspond désormais aux contenus liés aux pages, le fil d’actualité étant lui réservé aux seules activités d’amis. Ce test ne concerne pour l’instant que six pays ( la Slovaquie, le Sri Lanka, le Cambodge, la Serbie, le Guatemala et la Bolivie) mais donne déjà des sueurs froides aux médias trop dépendants de Facebook dans leur diffusion de contenus. Certains craignent en effet que le contenu non sponsorisé (et donc non payé) ne soit plus autant diffusé.

Le journaliste slovaque Filip Struhárik a ainsi montré les premiers effets de ce changement pour les médias : les plus petits d’entre-eux semblent être les plus directement touchés. Certains ayant connu quatre fois moins d’interactions (mentions j’aime, commentaires, partages) sur leurs publications.

Face aux nombreuses réactions, Facebook a publié, le 23 octobre, un communiqué dans lequel il clarifie la situation. Confirmant le test, le géant américain indique
qu’ « actuellement, le déploiement à d’autres pays n’est pas planifié. »

Une situation qui montre, une nouvelle fois, que Facebook semble être devenu le premier éditeur de presse. Il semble ainsi nécessaire pour les médias de s’en affranchir le plus possible, comme l’explique le journaliste Vincent Glad dans son blog.

  • Facebook teste également un système d’Instant Articles payants

Annoncé le 23 août par Mark Zuckerberg, le projet de Facebook de proposer des Instants Articles payants (des articles directement consultables sur le réseau social) est entré en phase de test sur le système d’exploitation mobile Android.

Ce test ne concerne pour l’instant que quelques médias partenaires, parmi lesquels Bild, The Economist, Le Parisien ou The Telegraph. Lorsqu’un internaute souhaitera accéder à un contenu hébergé en Instant Article, ce dernier sera redirigé vers une page d’abonnement au média concerné. Si pour l’instant Facebook indique que « 100 % des revenus iront aux médias », cette disposition n’est pas figée et pourrait évoluer.

Faire le tour du monde grâce au New-York Times

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Pour terminer cette revue de presse, une information plus légère mais qui a le mérite de faire rêver : le New-York Times recherche un journaliste pour parcourir les 52 destinations que le titre recommande chaque année. Alors, à vos lettres de motivation, la date limite de candidature étant fixé au 31 octobre 2017.

Si  vous n’avez pas été embauché pour cet emploi de rêve d’ici-là, nous vous donnons rendez-vous la semaine prochaine dans notre revue de presse de l’actualité des médias !

Confiance, stratégies, diversification : les médias rusent pour résister à la concurrence

Papier, numérique, chacun y trouve son compte

Quoi de mieux pour initier mon propos sur ce blog qu’un rapport sur la confiance que vouent les Européens aux différents types de média en ligne ! Une étude de l’agence JIN réalisée par OpinionWay sur un panel de citoyens français, britanniques et anglais a mis en lumière la perception qu’ont ces derniers d’une information en fonction du support, de la plateforme sur laquelle ils la découvrent.

Infographie: Médias : à qui font confiance les Français ?  | Statista Vous trouverez plus de statistiques sur Statista

Si la transition web a été difficile à digérer pour certains journaux papiers, la plupart d’entre eux ont désormais réussi à optimiser leurs sites web, les rendant plus attractifs et ergonomiques. C’était peut-être le rempart le plus difficile à franchir pour ces « géants du papier » qui jouissent d’une meilleure réputation que des journaux pure player, d’autant plus avec la recrudescence de fake news tendant à brouiller les frontières du Web. Afin de s’assurer de la véracité d’une information, 68% des internautes interrogés se dirigent vers les sites de Die Welt, Le Figaro, la BBC notamment. Tout reste à faire pour les pure player qui ne sont pris au sérieux que par moins d’une personne sur deux (46%).

  • Time, Washington Post : outre-Atlantique on cherche encore la formule gagnante

Suivant une logique de restructuration et de réduction des coûts, le Wall Street Journal a révélé que le groupe américain Time Inc. a annoncé la baisse de la fréquence de publication de sept de ses principaux magazines parmi lesquels Sports Illustrated, Entertainment Weekly ou encore Fortune à partir de janvier prochain. Austérité.

Dans un autre registre, les dirigeants du Washington Post, propriété du boss d’Amazon Jeff Bezos, veulent casser l’image que les Américains ont de lui : un journal politique de Washington D.C. Alors que seulement 5% de ses lecteurs vivent à Washington, le journal souhaite se développer à travers le monde grâce à une optimisation de l’accès à ses ressources digitales basée sur sa propre technologie Arc. Le commerce n’est donc pas le seul levier envisagé par Jeff Bezos pour peser de son poids internationalement, affaire à suivre.

Le gouvernement chinois veut reserrer l’étau de la liberté d’expression sur la toile, jusqu’ici rien de nouveau. Ce qui inquiète, c’est l’accélération récente de ce phénomène de censure. Exemple récent, les restrictions  quant à l’utilisation de la firme de messagerie instantanée de Facebook, WhatsApp, appréciée de la population pour son cryptage « relatif » des données en comparaison à son concurrent chinois WeChat. Concernant particulièrement les groupes de discussion, elle soumet les usagers à tout un ensemble de nouvelles règles et fait porter la responsabilité des propos aux créateurs et modérateurs de ces groupes qui pourront voir « leur dossier transmis aux autorités » en cas d’écart de conduite. David Bandurski, spécialiste des médias chinois se lamente : « Les technologies mobiles dont nous pensions qu’elles pouvaient perturber la domination du parti lui ont donné un moyen de contrôle supplémentaire« . Finalement, les tracts c’est pas si mal.

Il veut donner la part belle aux « opinions » et particulièrement à celles d’auteurs. Moyennant 12€ par mois, Sylvain Bourmeau s’engage à fournir à ses abonnés, du lundi au vendredi, trois longs articles par jour sur des sujets culturels ou sociétaux (une analyse, une opinion et une critique, d’où le nom AOC). Le week-end sera consacré aux entretiens et le dimanche à des textes de fiction. Lui semble apprécier la souplesse qu’offre le support : « Le but est de faire écrire les bonnes personnes dans les 48 heures qui suivent une actualité. » Chose pas toujours aussi simple dans un journal papier traditionnel où beaucoup de journalistes sont en poste fixe. Rémunérés 500€ la pige, ses futurs collaborateurs devront « produire un texte qui va faire référence, qu’on aura envie de partager, avec lequel on n’est pas forcément d’accord ». Lancement en janvier prochain.

 

Aux États-Unis le vent tourne…

Proposée par le musée de la presse et du journalisme de Washington, cette formation de moins de deux heures destinée principalement aux jeunes lycéens et étudiants a pour but de leur donner quelques réflexes pour repérer une fausse information et des outils pour mieux comprendre ce phénomène. Les conseils donnés n’ont rien de bien révolutionnaire (vérification et croisement des sources, fonctionnement de la démocratie…) mais trouvent un écho tout particulier en ces temps troubles dans le champ politique américain, avec à sa tête un Président mettant plus que jamais en lumière ce phénomène.

Alors que le Président n’a cessé d’accabler la presse depuis sa prise de fonction en janvier dernier, les citoyens américains ne semblent pas partager l’opinion de leur chef d’État. Une étude Reuters/Ipsos réalisée au cours de l’année 2017 révèle que la confiance envers la presse s’accroît, au contraire de celle envers l’administration Trump ou encore le Congrès en qui ils n’ont « presque pas » confiance.

L’immersion sous toutes ses formes

Une étude de l’Associated Press questionne l’utilisation des nouveaux outils technologiques dans la réalisation d’enquêtes journalistiques. La tendance est à la stimulation du « lecteur », qui n’est plus simple spectateur mais se mue en acteur principal de l’information, qu’il ne « consomme plus passivement » mais doit aller chercher. À l’image de l’usage des webdocumentaires, il convient, selon l’étude, de rester mesuré quant à l’usage des nouvelles technologies, qui ne modifient que la forme, la structure de l’information mais ne dispensent pas le journaliste du travail de fond. En tous les cas, nul doute qu’une maîtrise de ces outils sera indispensable dans un avenir proche, sous peine de dépendre de collaborateurs et autres développeurs.

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Dans le but d’enrichir ses contenus éditoriaux avec de l’information locale, the ProPublica Local Reporting Network souhaite recruter des journalistes d’investigation vivant déjà dans différentes communautés des États-Unis. Eric Umansky, rédacteur en chef adjoint de ProPublica est convaincu que le seul moyen de toucher les gens au niveau local est d’effectuer des reportages sur des sujets les concernant : « Notre but est d’atteindre des communautés que nous n’aurions pas atteint sinon. » C’est un tournant pour ce média couvrant principalement les affaires nationales jusqu’alors. Mais c’est peut-être également un tournant pour le journalisme selon Umansky : « Ce que nous voulons démontrer c’est à quel point collaborer, être ouvert à de nouvelles manières de faire du journalisme et travailler ensemble peut aboutir à un journalisme de meilleure qualité. »

ProPublica logo, from web site

Hommage à Daphne Caruana Galizia

La journaliste d’investigation maltaise a été tuée lundi dans l’explosion de sa voiture. Si les auteurs de l’assassinat n’ont pas encore été identifiés, le motif semble lui aller de soi, Daphne Caruana Galizia dérangeait. En effet, son blog, parmi les plus consultés de l’île, dénonçait régulièrement des affaires de corruption et des scoops en lien avec la vie politique locale. Dernièrement, elle avait notamment dévoilé une implication des proches du Premier ministre Joseph Muscat dans l’affaire des Panama Papers. Des milliers de Maltais ont dénoncé ce crime, nous les rejoignons.

La dernière actu de l’année : le FN choisit ses journalistes, France Télévisions se netflixise

Présidentielle.
Front National, le mauvais presse sentiment

À quelques heures des résultats, et face à sa défaite annoncée, le Front National a privé de nombreux médias de leur accréditation. Provoquant un mouvement de boycott parmi les titres de presse non-bannis.

Le dimanche 7 mai, jour du second tour de l’élection présidentielle, plusieurs médias se sont vu refuser l’accès au quartier général du Front National. Parmi eux, les sites d’information en ligne Rue89, StreetPress, Explicite, Brut, Konbini, Buzzfeed, Mediapart, mais également les équipes de l’émission de Yann Barthès Quotidien et de chaînes de télévision internationales dont SkyNews (Grande-Bretagne) et la Rai (Italie).

Le parti frontiste a justifié ces évictions par un « manque de place » dans son QG. En signe de protestation, plusieurs autres titres ont décidé de boycotter la couverture de la soirée.

 

Libération a également fait partie des absents « volontaires », dans la lignée de son combat non-dissimulé contre Marine Le Pen, comme en témoigne sa Une de la veille du second tour.

Les médias qui ont décidé d’annuler leur venue ont reçu un large appui sur les réseaux sociaux. Si la presse nationale s’est en partie exclue volontairement de la soirée, les grandes chaînes télévisées ont toutefois maintenu leurs équipes sur place.

Quid de ceux qui sont restés ? A 20 heures dimanche, le HuffPost publiait un article dénonçant une sécurité intrusive dans le travail des journalistes. Au programme pour les envoyés sur place : fouille des sacs, surveillance scrupuleuse des services d’ordre du parti et entassement dans une salle minuscule.

Des événements qui font malheureusement écho au classement de Reporters sans Frontières sur la liberté de la presse, évoqué dans notre publication de la semaine dernière, qui classe la France 39è pays sur 180 en la matière, loin derrière l’Afrique du Sud ou encore le Costa Rica.

A noter que dans le même temps, les médias pro-russes Russia Today et Sputnik n’ont pas pu accéder au QG d’En Marche !, où l’on fêtait la victoire d’Emmanuel Macron.


Audiovisuel public.
France Télévisions lance sa révolution à la Netflix

Le groupe lance une nouvelle plateforme en ligne, France.tv, qui regroupe l’accès à l’ensemble de ses programmes.

Adieu Pluzz, Francetvinfo.fr et consorts. France Télévisions a lancé cette semaine sa nouvelle plateforme de visionnage en ligne : France.tv.

Le concept, très bien expliqué sur cette courte vidéo, c’est la centralisation de l’accès aux programmes de l’ensemble des chaînes du groupe public. « Si vous tapez aujourd’hui “Rendez-vous en terre inconnue” dans un moteur de recherche, trois ou quatre sites différents remontent : celui de la chaîne, le replay, la VOD », explique au journal Le Monde le directeur délégué chargé de la vidéo à la demande Julien Borde. En reprenant cet exemple, france.tv regroupera l’ensemble des contenus liés à l’émission de Frédéric Lopez.

Ces dernières années, les sites permettant l’accès aux vidéos de France Télévisions avaient eu tendance à s’accumuler. Environ 300 sites seront fermés, et leurs contenus centralisés sur France.tv.

France Télévisions prend ainsi le pli de l’évolution des modes de consommation vers le replay et la VOD, avec l’objectif d’atteindre 1 milliard de vues mensuelles en 2020, contre moitié-moins aujourd’hui.

Cette plateforme intuitive et simplifiée à l’extrême est largement inspirée du modèle de Netflix. Et l’inspiration va même bien au-delà, puisqu’une option payante sera également proposée à partir de septembre, avec l’accès premium à la vidéo à la demande et aux créations de neuf sociétés de production françaises.


Photojournalisme.
60 euros et puis c’est tout

Par voie de décret, le gouvernement a décidé de fixer à 60 euros la rémunération minimale de la pige de cinq heures. Les photojournalistes s’insurgent. 

Dans un communiqué du Syndicat national des journalistes, relayé par Acrimed, les photojournalistes se sentent trahis par ce qu’ils appellent le « dernier coup bas du quinquennat Hollande ».

60 euros la commande pour « un temps minimum d’exécution » de cinq heures. Un tel salaire ne permettra pas aux photographes rémunérés à la pige de vivre décemment. Il ne leur permettra pas non plus de renouveler leur matériel. – SNJ

Pour en savoir plus, le texte paru au Journal officiel est disponible ici.

 



Ailleurs dans le vaste monde des médias…

  • Opération datavisualisation réussie pour le partenariat Microsoft – France Télévisions. Les deux marques se sont associées lors des deux soirées de l’élection présidentielle pour permettre une visualisation en direct des résultats sur la carte de France. L’installation d’écrans tactiles géants dans la rédaction de France Info a été pensée dans l’objectif de promouvoir ce type d’opérations de datajournalisme live.

  • Ce que veulent les annonceurs ? De l’innovation dans les médias ! L’Ifop a interrogé des annonceurs pour connaître leurs critères de sélection des médias dans lesquels ils choisissent de payer des espaces publicitaires. Résultat : l’innovation, qu’elle soit éditoriale ou dans un but d’interactivité, est la clé de l’attractivité pour les annonceurs. Loin devant la diffusion de vidéos ou la création de contenus en réalité virtuelle.  Les résultats de l’étude sont à voir ici.

  • Le mercato estival des journalistes commence toujours plus tôt. Patrick Cohen a annoncé, le mercredi 10 mai, qu’il quitterait le micro France Inter où il anime la première matinale de France (près de 2 millions d’auditeurs quotidiens) pour rejoindre Europe 1 à la rentrée. Nicolas Demorand, à la tête de la matinale d’Inter de 2006 à 2010, retrouvera sa place en septembre aux côtés de Léa Salamé.

  • Le New-York Times a connu un premier trimestre 2017 très prospère. Le titre américain a gagné près de 350.000 abonnés en ligne sur le début d’année, largement boosté par l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Sur un an, les revenus issus du journal papier sont également en hausse de plus de 11%. La recherche d’une information fiable de la part des américains, qui explique ces résultats, permet d’équilibrer les pertes en revenus publicitaires.

 

Tom CARIOU



C’était la dernière pour cette année.

Nous vous souhaitons à tous un très bel été.

On se quitte sur la meilleure campagne de promotion de l’année.