Journalisme d’investigation en deuil, Facebook et les médias locaux, vent de tempête sur « Le Media » : une nouvelle semaine dans le monde impitoyable des médias

Cette semaine encore, rien de bien réjouissant dans le monde médiatique, à commencer par l’assassinat d’un journaliste d’investigation slovaque et de sa compagne. Du côté français, plus que les médias, c’est « Le Media » qui attire toute l’attention, un mois seulement après son lancement. Outre Atlantique, les éditeurs de presse accélèrent la lutte contre Facebook et Google : la cause de la discorde ? L’argent bien sûr !

« Le Media » au coeur de la tourmente

• Aude Rossigneux évincée de la webtv

Dire que « Le Media » traverse une mauvaise période sonne presque comme un euphémisme… Tout d’abord en terme d’audiences, un peu plus d’un mois après son lancement, le 15 janvier dernier, le pure-player est déjà passé de 50 000 vues sur sa chaîne YouTube à moins de 15 000 aujourd’hui. Mais au-delà des visionnages, ce sont bien les multiples tensions internes au média qui le plongent dans une situation critique.

Dans une lettre rendue publique le 24 février, Aude Rossigneux a annoncé son éviction de l’équipe éditoriale proche de La France Insoumise. Son départ pour des raisons qui n’ont pas été dévoilées, a provoqué un tollé tant du côté des journalistes de « Le Media » que du monde de l’information mainstream, comme la chaîne YouTube a pour l’habitude de le nommer. Dans ses écrits, celle qui était encore il y a quelques jours la principale présentatrice du journal en ligne, dénonce un « traitement d’une violence et d’une brutalité qui me laisse dans un état de sidération ». Pour un média qui se veut alternatif et défendant une ligne progressiste, l’ancienne journaliste passé par Le Point ou encore France 3, présente une gestion « qui serait peut-être un sujet pour LeMédia si elle était le fait d’un Bolloré… ». Une phrase qui n’a pas tardé à faire réagir ses anciens collègues sur les réseaux sociaux.

Pire encore, l’ex-présentatrice de « Le Media » nous décrit une ambiance délétère ainsi qu’une équipe au bord de la rupture, de quoi cristalliser les craintes sur l’avenir de cette webtv, pourtant naissante :

« Les troupes sont toujours motivées, mais épuisées, et pas loin du « burn out » comme le montrent plusieurs arrêts de travail. »

Face à ces propos, et pour démentir les accusations de Aude Rossigneux, « Le Media » a riposté le 25 février, par un communiqué de presse visant notamment à rassurer ses contributeurs (ses « socios »).

Le comité de pilotage de la webtv, dont Gérard Miller, nie toute décision de licenciement à l’encontre de la journaliste et évoque tout simplement la fin d’une période d’essai. Un malentendu sur le fait que « Le Media » n’aurait pas une présentatrice unique du JT (ce qu’elle aurait refusé) serait à la source de son départ selon ce dernier.

• Les images du conflit syrien : sensationnalisme vs information

« Le Media » incarne bien l’adage selon lequel ‘’une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule’’.

Au moment même où l’éviction de Aude Rossigneux révélait les difficultés internes à l’équipe, celle-ci faisait déjà débat sur le traitement de l’information réservé à la guerre en Syrie. Dans son journal du 23 février, la webtv et son collaborateur et correspondant au Liban, Claude El Khal, assument et déclarent leur volonté de ne montrer aucune image du conflit sanglant qui a lieu dans la Ghouta orientale, région syrienne assiégée.

 

Sonia Chikirou, membre du comité de pilotage du média, défend ce choix :

« On ignore la provenance et la véracité de ces images. Demandez-vous qui a filmé, sous la protection de qui, pour faire passer quel message, pour servir les intérêts de qui. »

Ces propos mettant en cause, de facto, les journalistes risquant leurs vies sur le terrain pour témoigner du massacre, ont très vite fait réagir l’AFP et son directeur régional pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Christian Chaise, qui a publié une tribune sur le site de l’agence de presse. Face aux accusations de « Le Media » de vouloir faire du sensationnalisme, ce dernier rappelle qu’« il n’est pas possible de rendre compte d’une guerre sans montrer au moins en partie les formes qu’elle prend et ses conséquences, notamment son impact humain. ».

Dans cette longue tribune, Christian Chaise explique de quelle manière les informations arrivant jusqu’aux bureaux de l’AFP afin d’assurer que toutes les photographies dont ils disposent proviennent bien de leurs pigistes, bien souvent des syriens que l’AFP a elle même formé à ses pratiques journalistiques. D’autre part, loin de vouloir tout montrer il rappelle que toutes les photographies font l’objet d’un tri « dans le but de ne retenir que les photos qui témoignent de la situation sans dépasser certaines limites ».

• Noël Mamère claque la porte !

En raison du traitement journalistique accordé au conflit syrien ainsi qu’au climat délétère faisant suite à l’éviction d’Aude Rossigneux, Noël Mamère a annoncé ce lundi 26 février vouloir mettre fin à sa collaboration avec « Le Média ». L’ex député écologiste regrette « la confrontation publique » qui a fait suite au départ de la présentatrice de la webtv. D’autre part et en réaction au JT du 23 février, il déclare ne pas cautionner que l’on puisse établir « un parallèle dans le conflit syrien meurtrier, entre les responsabilités du ‘boucher de Damas’ et celles de ses opposants. ».

L’ancien élu s’est expliqué sur France Culture, même radio qui a diffusé ce mercredi 28 février un billet au titre pour le moins sans équivoque :  »Crise au « Média », les leçons de journalisme finissent mal en général ».

Jean-Luc Mélenchon et son adversaire « le parti médiatique« 

Lundi 26 février, Jean-Luc Mélenchon a (encore) asséné un violent coup à la presse française. Dans un long billet publié sur son blog, le leader de La France Insoumise est allé encore plus loin déclarant notamment que « la haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine. ». Le député, entouré par des soupçons de malversations concernant ses comptes de campagne lors de la présidentielle de 2017 (révélé par Radio France), dénonce ce qui serait « un coup monté du service public » élaboré par « une équipe de bras cassés ».

D’autre part, ce dernier a aussi fait référence au scandale qui a suivi la diffusion des enregistrements par Quotidien des propos tenus par Laurent Wauquiez lors d’une intervention à l’EM Lyon, la qualifiant d’« une lourde attaque globale du parti médiatique ». Car oui, Jean-Luc Mélenchon parle bien d’un « parti médiatique » qu’il compte continuer d’affronter :

« Beaucoup d’amis n’ont pas encore compris que nous n’avons pas d’autre adversaire concret que le ‘parti médiatique’. Lui seul mène bataille sur le terrain, en inoculant chaque jour la drogue dans les cerveaux. »

Un journaliste d’investigation assassiné en Slovaquie

Quelques mois après le meurtre de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia en octobre 2017, Jan Kuciak et sa femme ont été tué ce dimanche 25 février près de la capitale slovaque. Jan Kuciak travaillait comme journaliste d’investigation pour le site d’informations Aktuality.sk, faisant partie du groupe Ringier Axel Springer. Le jeune homme de 27 ans enquêtait alors sur des affaires de corruption liant la mafia italienne aux plus hautes sphères politiques slovaques, dont le gouvernement.

Suite à ces révélations, le Premier Ministre Robert Fico a tenu a rassuré en personne la presse slovaque, faisant « de la protection de la liberté d’expression et la sécurité des journalistes » une de ses priorités.

Cependant, comme le rappelle Reporters Sans Frontières, l’hostilité des politiques et des milieux d’affaires envers les médias est extrême. Robert Fico lui même, avait qualifiait les journalistes dans une conférence de presse en novembre 2016 de « sales prostitués anti-slovaques ».

La guerre continue entre les médias et les géants Google et Facebook

D’un côté, les éditeurs de presse veulent reprendre la main sur les recettes publicitaires…

Outre la qualité de l’information, l’argent reste bien le nerf de la guerre tant chez les médias que chez leurs meilleurs ennemis les GAFA. Aux Etats Unis, les éditeurs de presse ont décidé de combattre sur le plan législatif les deux principaux tenants de la Silicon Valley que sont Facebook et Google. La NMA (News Media Aliance) un syndicat qui compte plus de 2000 éditeurs étasuniens et canadiens s’était déjà constituait en 2017 comme comité d’action politique afin d’exercer du lobbying dans l’enceinte du Congrès. Seulement, la NMA souhaite aujourd’hui une réaction plus forte de la part des pouvoirs publics. En cause ici, la baisse de leurs revenus publicitaires, accaparés par Google et Facebook alors même que leurs audiences augmentent. Les chiffres démontrent une perte de 3 milliards d’euros entre 2014 et 2016 alors dans le même laps de temps, les audiences ont, elles, augmenté de 42 %. Enfin, aux Etats-Unis, la croissance des revenus publicitaires découlant du web, revient à hauteur de 83 % à Facebook et Google.

Les éditeurs contestent ici des lois antitrust qui les empêchent de se regrouper pour attaquer en justice les géants du numérique. Le président de la NMA, David Chavern, estiment que désormais, ces lois « faussent la concurrence loyale entre les médias traditionnels et les géants de la Silicon Valley. ».

• … de l’autre, Facebook fait un geste pour des médias locaux

Facebook a annoncé ce mardi 27 février un plan d’aide aux médias, le «Local News Subscriptions Accelerator». Alors que la présence en ligne des titres de presse et leur capacité à fidéliser leurs lecteurs est devenu un enjeu vital, l’entreprise de la Silicon Valley va allouer un fonds de 3 millions de dollars dans un programme destiné aux médias locaux étasuniens. Les sommes versées visent à soutenir 13 journaux dans la construction d’un plan stratégique, avec comme principal conseiller Tim Griggs, ex-journaliste au New York Times et spécialiste du numérique.

Cette décision s’inscrit dans la même ligne que le changement d’algorithme opéré par Facebook en janvier 2018 qui privilégie désormais les publications ou recommandations d’amis. Mark Zuckerberg a d’ailleurs fait mention de l’importance de l’actualité locale sur sa propre page Facebook : « Les informations locales nous aident à comprendre ce qui est important pour notre communauté, elles ont un impact sur nos vies. ».

• Les chiffres de la semaine :

18 % : c’est le nombre de français qui se connectent quotidiennement sur un écran mais seulement depuis un smartphone. L’étude « Année Internet 2017 » dévoilée ce jeudi 22 février par Médiamétrie, démontre par ailleurs l’ampleur des pratiques multi-écrans en France. Selon ces mêmes travaux, au moins 33 % des français se connectent à chaque jour à deux écrans (ou plus) différents.

25 % : c’est la baisse de la part du trafic issu de Facebook enregistrée par les sites web sur l’année 2017, selon une étude de l’entreprise étasunienne Shareaholic. Alors que début 2016 30,9 % des visites sur des sites web provenait de Facebook, la part du réseau social a chuté à 18,16 % à la fin de l’année 2017. Une nouvelle difficulté à laquelle devront donc faire face les médias qui attirent non plus seulement leurs lecteurs via les moteurs de recherche mais de plus en plus grâce aux réseaux sociaux.

20 millions d’euros : c’est la somme annuelle que réclame désormais TF1 à Canal + pour diffuser ses chaînes gratuites (TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films et LCI). Canal + va d’ailleurs engager des poursuites contre la chaîne devant le Tribunal de Commerce de Paris. Maxime Saada avait déjà dénoncé le fait que selon lui, « le groupe TF1 profite indûment de sa puissance pour exiger des opérateurs qui diffusent ses chaînes gratuites, des sommes astronomiques. ».

 

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Ultime immersion hebdomadaire au cœur du monde médiatique

A la une de l’actualité des médias cette semaine : la défiance de l’exécutif à l’égard des journalistes, fut-elle dissimulée, est dévoilée au grand jour ; le fonctionnement de l’audiovisuel public fait parler de lui en France et au-delà ; les journalistes, notamment féminins et en zones « démocratiques » hostiles, peinent à exercer leur profession ; enfin, les chiffres de la semaine dévoilent des tendances surprenantes.

En macronie, la mise en quarantaine des journalistes s’accélère.

  • Les médias accrédités n’auront bientôt plus pignon sur l’Elysée

Expulsion imminente pour les journalistes de l’AFP, Reuters et autres agences accréditées en permanence au palais présidentiel. Direction le 4 rue de l’Elysée « avant l’été » prochain, à une centaine de mètres de la cour d’honneur du palais, a annoncé le service de communication d’Emmanuel Macron le 14 février dernier.

La cause de « cette décision unilatérale » selon l’Elysée : les nécessaires « modernisation et agrandissement » de l’actuelle salle de presse, afin d’accueillir un plus grand nombre de médias accrédités. « Les jeunes chaînes d’information continue auront désormais leurs places attitrées », note Le Monde.

L’idée n’est pas nouvelle mais sa mise à exécution suscite une indignation chez les journalistes concernés qui invoquent « la volonté de transparence des présidents de la République, constamment réaffirmée depuis 1974 ». Ils se voient simplement chassés de l’Elysée et privés de précieuses informations.

Cette décision impacte directement la liberté d’information des Français, selon Daniel Schneidermann:

« La presse, c’est l’œil du peuple. […] Derrière l’épaule des journalistes se tiennent tous les citoyens qui ont élu Emmanuel Macron, et forment ensemble le peuple souverain qui a le droit de savoir qui vient à l’Elysée, qui en sort, et à quelle heure ».

Ironie de l’histoire, le président américain, Donald Trump, s’était risqué à une manœuvre similaire, souhaitant déplacer la briefing room en dehors de la Maison Blanche. Résultat : projet tué dans l’œuf.

  • Avec Matignon, sélection des journalistes à l’entrée

Mésaventure pour la journaliste Marie Roussel de France 3 Hauts-de-France, refoulée lors d’une visite du Premier ministre et du ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, sur le site de production de L’Oréal, dans l’Oise. Après la présidence, c’est au tour du chef du gouvernement, Edouard Philippe, de montrer sa désaffection des journalistes. Seuls le journaliste reporter d’images et le preneur de son ont pu pénétrer dans l’entreprise, leur collègue reporter a été contrainte de patienter à l’extérieur.

Sur son site, France 3 explique que ses journalistes étaient invités à cette visite. Or la journaliste n’a pas pu poser ses questions, seul un dossier de presse lui a été remis. France 3 dénonce un « exercice qui éthiquement parlant n’est pas recevable ». Dans une vidéo réalisée devant le site de L’Oréal, Marie Roussel explique son mécontentement et l’entrave faite à sa profession:

« Rappelons ce qu’est un reporter. Étymologiquement, c’est celui qui rend compte de ce qu’il a vu. Or de cette visite, je n’ai rien vu. Matignon et le groupe L’Oréal verrouillent tout. Cela s’appelle de la communication, pas du journalisme ».

L’audiovisuel public dans le viseur des gouvernements et des citoyens

Une BBC à la française n’est pas à l’ordre du jour « à ce stade », a rappelé devant les sénateurs, la ministre de la Culture. Mardi 20 février, Françoise Nyssen, a tenté d’éclaircir la mise en place de la réforme de l’audiovisuel mais n’a pu lever le flou qui l’entoure.

Samedi 17 février, l’Opinion, en se basant sur les informations du Monde, avançait la volonté de la ministre de créer une présidence commune à Radio France, France Télévisions, France Médias Monde (RFI, France 24) et éventuellement l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

Françoise Nyssen

Françoise Nyssen, ministre de la Culture

Les objectifs d’une telle synergie ? Éviter les doublons, économiser sur les 4 milliards d’euros empruntés au budget de l’État par an et peut-être même créer « une structure d’Etat qui coiffe nos médias publics comme le faisait l’ORTF, l’Office de radiodiffusion-télévision française, jusqu’en 1975 », avance Challenges. L’ORTF et le gouvernement, rappelons-le, entretenaient une relation étroite de laquelle découlait une indépendance en trompe l’œil vis-à-vis du pouvoir politique.

Qui donc voudrait (et pourrait) freiner le gouvernement dans ces transformations en profondeur ? Les opposants à cette formule « tout en un » « ne sont plus en fonction ». Mathieu Gallet n’est plus à la tête de Radio France, Marie-Christine Saragosse, ex-cheffe de France Médias Monde, a vu son mandat annulé. « Selon ces derniers et Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, une fusion coûterait trop cher à cause de la trop grande complexité de sa mise en œuvre. », relaie Challenges.

Au même moment, grand chambardement au ministère de la Culture. Françoise Nyssen fait évoluer la composition de son cabinet. Nouvelle tête à la direction adjointe en charge du numérique, des industries culturelles et des médias et nouvelle conseillère pour les questions liées à l’audiovisuel. Pierre-Emmanuel Lecerf et Leila Derouich (deux anciens de Sciences Po Paris et de l’ENA) accompagneront donc la ministre dans le tumultueux chantier de l’audiovisuel public. Les réformes, bien qu’imprécises, semblent bel et bien en marche.

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  • La redevance télévisuelle, bête noire de l’audiovisuel public

Si Françoise Nyssen souhaite « qu’un débat soit ouvert » quant à la redevance télévisuelle, la volonté de détricoter ce système est loin d’être une lubie franco-française. « L’audiovisuel est aussi attaqué dans l’Europe germanophone » titrait le journaliste Thomas Schnee de Médiapart, le 16 février. En Suisse, la redevance télévisuelle, jugée trop élevée (près de 400/an), a donné lieu à l’initiative populaire « No Billag » (nom de la société qui perçoit la redevance TV). Le but étant, à terme, de supprimer cette cotisation pour la SRG-SSR (radio et télévision publiques suisses).

Cette revendication, accaparée et relayée par le droite populiste, prend de l’ampleur, inquiète ou fait rire jaune :

Si le référendum du 4 mars aboutit, la pétition ayant recueilli plus de 100 000 signatures, « le secteur audiovisuel public perdra 75% de ses revenus dès la fin 2018 » selon un correspondant de la télévision suisse alémanique (SRF). Avant de connaître l’issue du scrutin, « le parlement suisse a voté la réduction de la redevance à 365 francs/an (316) d’ici à 2019, avec un changement de paradigme lié sans doute à la progression de la consommation médiatique par Internet ».

Même son de cloche quelque peu atténué outre-Rhin. La contribution au service public y est colossale, la redevance rapportant chaque année 8 milliards d’euros aux neuf chaînes publiques allemandes entre autre. Cette « manne faramineuse » se retrouve au centre de débats menés par l’AfD (extrême-droite) et le FDP (parti libéral). On demande ici et là une baisse de la redevance, la déconstruction partielle ou totale du modèle traditionnel de l’audiovisuel public, une réforme du système et même une fusion des deux grandes chaînes publiques (ARD et ZDF).

Vu de Suisse, cette remise en question de l’audiovisuel public serait un phénomène mondial. De la Grande-Bretagne au Japon, en passant par la Grèce et la Belgique, la question de la pertinence de la redevance télévisuelle et du service public marque bien une évolution de la consommation des médias : la télévision n’est plus qu’un écran parmi d’autres.

Être journaliste aujourd’hui, c’est…

  • …démissionner pour ne plus croiser son agresseur présumé.

La diffusion de LCP se poursuivra sans Astrid de Villaines à l’écran. La journaliste vient de démissionner de la chaîne parlementaire (LCP), a annoncé La Lettre de l’audiovisuel. Ce départ n’a en effet rien de fortuit puisqu’il est directement lié à la réintégration de son confrère Frédéric Haziza, contre qui elle avait déposé plainte pour agression sexuelle. L’éditorialiste et animateur de LCP avait été réintégré en janvier 2018. Information retweetée par un confrère ébahi par la situation :

Le « contexte trop pesant », décrit par Astrid de Villaines, l’a incité à quitter la chaîne pour un contrat court dans une autre rédaction. Aucune rupture conventionnelle n’a pu aboutir, la chaîne ne souhaitant pas son départ. «Il ne lui a jamais été reproché quoi que ce soit depuis le début de cette affaire. On a fait en sorte qu’elle ne puisse pas croiser Frédéric Haziza sur son lieu de travail. », a assuré Marie-Eve Malouines, présidente de LCP au Parisien.

Après cette démission, la société des journalistes de LCP-AN a constaté dans un communiqué « un climat de travail toujours délétère ».

« Le départ dans des conditions déplorables de notre collègue Astrid de Villaines est un coup dur pour les droits des femmes et pour la rédaction, dont elle était un pilier. Nous lui apportons tout notre soutien. »

  • … croupir en prison.

Soulagement pour Deniz Yücel, journaliste germano-turc emprisonné en Turquie pendant plus d’un an. Accusé de « terrorisme » comme nombre de ses confrères, le journaliste vient d’être libéré et a pu rejoindre l’Allemagne, vendredi 16 février. Il avait notamment réalisé des reportages à propos de la minorité kurde et dénoncé « la corruption de certains membres du gouvernement » turc. Un message a été publié sur son compte Twitter après sa libération.

La répression du gouvernement turc, depuis le putsch avorté du 16 juillet 2016, touche en premier lieu les journalistes et la liberté d’expression. Cette libération a soulevé des espoirs rapidement avortés au vu des nouvelles condamnations prononcées. Alors que Deniz Yücel regagnait l’Allemagne, six journalistes turcs ont été condamnés par un tribunal à la prison à vie. Leur est reproché leur « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel » en rapport avec le putsch avorté. Les preuves se basent sur des « messages subliminaux » qu’ils auraient envoyés lors d’une émission de télé la veille du putsch.

 

Les chiffres de la semaine

  • 42,3 % : Parallèlement, les versions numériques en format PDF ont bondi de 42,3 %, entraînant dans leur sillon une hausse de « la fréquentation des sites et applications mobiles de presse ». C’est surtout la presse quotidienne régionale qui bénéficie de cette croissance.

Ventes journaux

  • 10 minutes : C’est le temps que durera le nouveau programme de TF1 « 20H le mag », nouveau magazine d’information quotidien. L’initiative (rare) de la chaîne privée se veut être le prolongement du 20h. Dans cette émission, la météo sera présentée et un reportage de quelques minutes diffusé.
  • 545 : C’est le nombre de signatures qu’a récoltées en 7 jours la pétition « Motion de confiance à Marie-Christine Saragosse ! », lancée le 16 février par des salariés de France Médias Monde. Intervention assez exceptionnelle dans le domaine médiatique pour être soulignée. Faute d’avoir fourni sa déclaration de patrimoine à temps, la PDG de France Média Monde s’est vu retirer son mandat. Par cette initiative, l’équipe demande sa réintégration. De son côté, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) nommera un nouveau dirigeant d’ici le 21 avril.

 

C’était le dernier concentré de l’actualité des médias de l’année 2017/2018 ! Les étudiants du master JRE reviennent très bientôt donner des nouvelles de ce qu’il se passe dans le vaste et tumultueux monde des médias…

Fake news, paradis de l’intelligence artificielle, deuil de Snapchat, Facebook dislike, ministres et femmes : l’actualité des médias

Semaines après semaines les médias écoutent, analysent et traduisent les bruits du monde. Un vacarme parfois silencieux qu’il faut ébruiter. Telle est la mission qui incombe à la sphère journalistique. Mais il arrive également que ce soit les médias, eux-mêmes, qui créent et entraînent dans leur sillage d’autres bruissements. Un tout jeune Ebdo qui se paye avec, peut-être, peu de déontologie un ministre bien installé ; l’ère des fake news qui ne serait qu’un prémice ; le paradis des intelligences artificielles ; les médias-sociaux entre remise en question et reconquête ; le cap médiatique pour 2018 ; les médias écrits français sourds aux podcasts  ; la démocratie éditorialiste entre spectacle et législation  ; libération de la parole contre traitement médiatique. Retour sur l’actualité prolifique des médias en ce début de mois de février.

Évacuation !

Ils sont souvent indigestes, mais ce sont peut-être aussi eux qui traduisent le mieux la réalité. Alors évacuons les ! Quelques chiffres sur une semaine bien remplie :

  • 91 millions de dollars. C’est le bénéfice enregistré  par Twitter au 4ème semestre 2017.  Pour la première fois de ses 12 années d’existence le réseau social enregistre des bénéfices. Un chiffre qui cache une autre réalité : des restrictions budgétaires. Ce bénéfice s’est fait au détriment des rémunération des salariés qui ont perdu des stock-options. A noter aussi la baisse des dépenses en recherche et développement ainsi qu’en marketing.
  • 15 ans. C’est l’âge de majorité numérique que propose d’instaurer l’Assemblée Nationale. Nos députés examinent depuis le 6 février 2018 un projet de loi concernant la protection des données personnelles. L’idée est de fixer un âge minimum à partir duquel un mineur peut de manière autonome s’inscrire sur un réseau social. Cette inscription sera interdite à tout enfant de moins de 13 ans. Jusqu’à 15 ans, pour s’inscrire, il faudra l’accord du responsable légal. Le texte n’est qu’au stade de première lecture mais on imagine aisément que les dents grincent du côté des géants virtuels.
  • Plus de 780 000 signatures. C’est ce qu’a recueilli une pétition contre la dernière mise à jour de Snapchat.
  • 700 000. C’est le nombre d’applications malveillantes retirées du Play Store par l’intelligence artificielle de Google. Ce chiffre représente près de 25% de l’offre du plus grand magasin d’applications au monde. Les discours inappropriés, les programmes malveillants ainsi que les clones ont ainsi été repérés et supprimés.
  • 4 milliards. C’est ce que nous sommes. La 7ème édition du Rapport Digital Annuel de Hootsuite et We Are Social  vient de tomber et il ressort que nous sommes désormais 4 milliards d’internautes à travers le monde, soit près de la moitié de la population. Ce nombre est en croissance de 7% par rapport à 2017. A noter que 9 personnes sur 10 se connectent à l’Internet via leurs appareils mobiles.
  • 2.64 millions. C’est le nombre d’abonnés en ligne au New York Times à la date du 8 février 2018. Soit une hausse de 41,8% en un an et près de 60% du chiffre d’affaire, devant les recettes publicitaires.

Ebdo va devoir sortir la H de guerre

Ce sixième numéro d’Ebdo n’était pas même sorti qu’il faisait déjà grand bruit. Dès jeudi et alors que le tout jeune hebdomadaire lançait à peine la promotion de son journal du vendredi 9 février 2018, il faisait l’objet d’attaques. Le ministre de la transition écologique et solidaire s’est rendu jeudi 8 sur BFM TV pour « prendre les devants » face à ce qu’il qualifie de rumeurs « ignominieuses ». La faute ? Une une qui ne laisse pas planer l’ombre d’un doute « L’affaire Nicolas Hulot« .

Si affaire(s) il y a ce n’est pas l’affaire Hulot mais bien LES affaires Hulot. En effet, le journal publie le fruit d’une enquête qui annonce « Ebdo révèle un secret enfoui depuis vingt ans« . La première relate des faits de harcèlement sexuel sur une collaboratrice. Cette dernière, une ancienne salariée de la Fondation Hulot aurait été entendue dans le cadre de l’affaire de l’ex-EELV Denis Baupin en 2016. C’est à ce moment là qu’elle aurait déclaré à la police avoir « connu des faits de harcèlement sexuel dans un emploi précédent« . Sans pour autant dater cet épisode, Ebdo assure que c’est le ministre qui est mis en cause et qu’il aurait acheté le silence de sa victime. Dès le lendemain, la concernée, aujourd’hui collaboratrice parlementaire, dément les faits. Nicolas Hulot dénonce quant à lui qu’il s’agirait d’un « pur mensonge. Il n’y a jamais eu ni harcèlement sexuel ni a fortiori transaction. Cette rumeur nauséabonde circule depuis des mois sans le moindre fondement. »

La seconde enquête du journal concerne des faits remontants à 1997. Le journal écrit  : « selon nos informations, recoupées auprès de l’intéressée et de trois membres de sa famille, Nicolas Hulot aurait abusé [d’une jeune femme] durant l’été 1997« . Le nom de cette jeune femme est d’abord tu. Le prétexte évoqué est que celle-ci ne voudrait pas médiatiser l’affaire et qu’elle serait issue d’une « grande famille française ». Son identité sera par la suite divulguée, il s’agit de Pascale Mitterrand, petite fille de l’ancien président de la République française. Cette dernière a porté plainte en 2008 mais du fait de la prescription, l’affaire a été classée sans suite. Une autre raison est invoquée par Nicolas Hulot lui même pour considérer ce classement : « j’ai été auditionné par les gendarmes à ma demande, et les enquêteurs ont très rapidement considéré qu’il n’y avait rien qui permettrait de poursuivre cette affaire« .

Le ministre a décidé de porter plainte contre l’hebdomadaire pour diffamation. La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a quant à elle écrit une tribune dans le JDD intitulée « Pourquoi les accusateurs de Nicolas Hulot bafouent la parole des femmes ». Toutefois, Le Canard Enchaîné révèle aujourd’hui que le couple exécutif Macron/Philippe lui aurait demandé de « prendre publiquement position pour Hulot« . Le journal, dans son éternel  grincement titre Ebdo, le journal qui sort d’Hulot. Il s’en prend ensuite directement à lui en ces mots « Les fondateurs du nouveau magazine Ebdo avaient prévenu : libres de toutes attaches publicitaires, ils allaient donner une leçon de journalisme. La démonstration a été éclair. » Un 6ème numéro qui poserait donc peut être certains problèmes de déontologie vis à vis de cette enquête qui « échappe à quelques standards du journalisme ».

Mémoire courte et caution médiatique, journalistes vous (aussi) faites du mal aux femmes !

Dans un premier article en date du 20 décembre 2017, Acrimed, l’observatoire des médias, revenait sur le traitement médiatique du #BalanceTonPorc. La journaliste Pauline Perrenot y dénonçait que si l’on assiste certes à une libération de la parole, celle-ci se fait sous caution médiatique. Ainsi elle décrit que ces médias qui ont contribué à faire émerger la parole de ces femmes « continuent dans le même temps à survoler et à « mal-traiter » les cas de violences sexuelles et de féminicides émergeant dans l’actualité, abordés comme des faits divers et déformés selon des biais langagiers trop bien connus. »

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Ce lundi, la même journaliste, publie, toujours chez Acrimed, un article intitulé  « Violences faites aux femmes : la mémoire courte des journalistes ». Dans celui-ci elle étaye son propos et revient sur le traitement particulier de fait-divers « entraperçus » dans la presse. Elle revient sur le choix de cette terminologie en l’expliquant : « seulement entraperçu, car la mort d’une femme suite aux coups de son conjoint est reléguée au rang d’information secondaire dans nombre de médias, au profit d’une autre information : celle du suicide du conjoint, survenant deux jours plus tard. » Elle poursuit en dénonçant les choix sémantiques opérés par les rédactions. Notamment le fait que celles-ci continuent de parler de « drames familiaux » lorsqu’il y a féminicide. Elle poursuit en dénonçant ces médias qui se voudraient engagés dans la cause féministe, mais qui finalement la desservent de manière flagrante. Avant d’éluder que « les violences faites aux femmes dans les médias [restent] un éternel divertissement« . Elle conclut en interrogeant « on ne cessera de poser la question avec âcreté : que sont des violences conjugales ayant « bien tourné » ? »

Démocratie éditorialiste ?

La formule fait sourire, d’autant plus lorsqu’on regarde les chiffres de confiance des français envers les médias. C’est pourtant ce que semble dénoncer Acrimed dans un article publié par Denis Souchon la semaine dernière et qui a pour titre À l’Assemblée nationale, nul n’est censé ignorer… les médias ! Il fustige tout d’abord les propos tenus par le député Robin Reda à destination de Yaël Braun-Pivet, la présidente de la Commission des lois. Celui-ci, après échange houleux, a remercié son interlocutrice pour « le rappel au règlement quasi-maternel ». A l’intéressée de lui rétorquer : « J’adore vos réflexions misogynes ! »

La suite de l’article ne fait pas l’étalage de ces propos sous tensions mais en cite d’autres de la part de la présidente de la Commission : «  Je termine [on la voit prendre son téléphone portable] sur ce point par, voilà, en fait je suis un petit peu énervée parce que j’ai eu un SMS tout à l’heure d’un média qui me demandait de suspendre la Commission des lois pour que l’un des deux rapporteurs puisse aller en plateau, et je trouve cela particulièrement scandaleux et je tenais à vous le dire. » Denis Souchon dénonce dans le reste de son papier la connivence entre politiques et médias. Des liens qui vont bien au-delà de la possession de certains titres par des politiques…

Facebook serait en perte de vitesse, Zuckerberg presse le bouton « J’aime pas »

C’est dans un dernier au revoir ilustré sur Twitter que Jim Carrey a fermé sa page Facebook. Il semble ne pas être le seul. Le cabinet américain eMarketer analyse le réseau comme une plateforme « vieillissante » qui attirera dans l’avenir de moins en moins des 12-24 ans et ce au profit de… Snapchat bien entendu. L’avenir nous dira si ces prédictions sont exactes, en attendant Zuckerberg peut se féliciter, la barre des 2 milliards d’utilisateurs a été passée en juin dernier.

Influencia a relevé l’exhaustive étude de Buzzsumo, une plateforme de SEO, sur les phrases les plus populaires sur le réseau social. Elle a analysé les titres (« headlines ») de 100 millions d’articles publiés sur Facebook entre le 1er mars et le 10 mai 2017. Sans surprise ce sont ces titres alléchants envahissant les fils d’actualité qui se retrouvent en tête. Les trois expressions qui ont concentré le plus de « like », de partages et de commentaires  commencent toutes par : « will make you » (« vous fera »), « this is why » (« c’est pourquoi ») et « can we guess » (« pouvons-nous deviner »). La plateforme fait mieux et après les do, offre à ses lecteurs les don’t. Pour ce qui est de la titraille, Buzzsumo incite à se contenter de 16 à 18 mots et de 80 à 110 caractères. D’après leurs études ce sont ces publications qui récolteraient le plus d’interactivité.

Depuis quelques années le réseau social bleu voit ses eaux arpentées par des pirates du clic, des fins titreurs dont les audiences font rougir. Mais le glas semble avoir sonné pour eux comme l’analyse Corentin Durand pour Numerama. Facebook compte bien rétablir l’ordre sur son réseau et les algorithmes se succèdent afin de le nettoyer. Growth-hackeurs et life-jackeurs vont bientôt être mis au banc comme nous l’explique dans l’article ses professionnels du like. L’âge « de raison » serait venu pour Facebook qui ne souhaite plus voir pulluler ses pages engloutissant les « j’aime » et les commentaires à un rythme gargantuesque. Mais comme le dit si bien le journaliste (en reprenant les paroles du rappeur Booba), « la piraterie n’est jamais finie » et ses serial-likeurs se dirigent déjà vers Snapchat, Pinterest ou chose plus surprenante sur Linkedin comme le montre le site DigiDay.

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Les médias semblaient inquiets mais finalement le nouveau feed de Facebook profiterait à certains d’entre eux ! Le nouveau reach se calcule en fonction de l’intérêt et de l’engagement que suscitent les publications. L’ADN de PresseCitron a interviewé les journalistes Maxime Barbier de Minute Buzz et Guillaume Lacroix de Brut qui font part de retours positifs. « Si les médias traditionnels ont de quoi s’inquiéter de la baisse de diffusion de leurs publications ou vidéos virales, cela ne devrait pas être le cas pour les pure players. » Selon Maxime Barbier, encore « Facebook vise désormais à faire remonter les contenus captivants en termes d’audience et à même de susciter de l’engagement. » Cette modification du reach va inciter les médias à revoir leur manière d’écrire sur le réseau social mais va aussi engager une quête de qualité, du moins d’engagement. Reste à voir ce à quoi le public sera réceptif…

Qui n’a jamais rêvé de pouvoir disliker une publication ? Si ce n’est pas toujours exactement le cas, on semble s’en approcher. Pour l’instant en phase de test chez certain.e.s utilisateurs et utilisatrices aux Etats-Unis, le bouton downvote a vocation à aider Facebook dans sa modération. Si un porte-parole de l’entreprise assure « Nous ne testons pas un bouton « Je n’aime pas » », la nouvelle fonctionnalité y ressemble fortement. Elle permettra de notifier un contenu jugé offensant, déplacé, faux, discriminant. En bref, un propos que vous n’aimez pas…

Rendez-nous Snapchat !

On l’a dit, une pétition adressée à Snapchat recueille actuellement plus de 780 000 signatures et affole la toile. La cause d’un pareil engouement est la nouvelle mise à jour de l’application. L’interface a complètement été modifiée et semble profiter aux nouveaux « influenceurs« . Stars de la télé-réalité, rappeurs, youtubeurs et consorts doivent être aux anges. Cette mise à jour sacre les contenus populaires au détriment des médias. En effet ces derniers, alors qu’ils venaient à peine d’entrer définitivement dans le paysage de l’application, se voient fondu au milieu du bruit de la fame.
Les internautes dénoncent également la direction commerciale que semble prendre Snapchat, forçant ses utilisateurs à visionner des stories qu’ils ne souhaiteraient pas forcément voir. La grogne enfle depuis quelques jours sur le web et pour certain.e.s, le divorce semble consumé.

L’incidence sur l’environnement médiatique au sein de Discovery sera donc à observer de près. Surtout au regard des très bons résultats issus de cette rencontre entre l’application et les médias. INA Global titre Entre Snapchat et ses partenaires médias, les affaires roulent et annonce que Snapchat aurait versé plus de 100 millions de dollars à ses partenaires médiatiques. Un chiffre qui donne le vertige si on le compare aux années précédentes : 58 millions en 2016 et seulement 10 en 2015…

Infocalypse Now…

Aviv Ovadya est chercheur au Centre pour la responsabilité des réseaux sociaux à l’Université du Michigan. Dès 2016 il avait prédit l’explosion des fake news et sonné l’alarme quant à leur dangerosité. Dimanche dernier, dans une interview au site BuzzFeed il va plus loin encore et déclare « Nous étions réellement foutus il y a un an et demi, et nous le sommes encore plus aujourd’hui. Et si vous regardez loin dans le futur, ça empire. » La cause de son inquiétude ? Ce qu’il définit comme un tsunami de fake news et qu’il nomme prophétiquement infocalypse

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Selon lui cette vague sera le fruit de l’évolution future des technologies d’intelligences artificielles. Il parle d’ores et déjà de « marionnettes humaines«  et évoque leur « apathie de la réalité« . La multiplication des fake news sera à la portée de tous grâce à l’IA et à l’apprentissage automatique (le « machine learning ») dont elles feront bientôt preuve. Avec ces technologies n’importe qui pourra alors irriguer le web de fausses informations et déformer à sa guise la réalité. Le plus inquiétant ? Alors qu’auparavant « il fallait avoir un humain pour imiter une voix ou proposer une authentique fausse conversation. Dans cette version, vous pouviez simplement appuyer sur un bouton en utilisant un logiciel open source. C’est là que ça devient nouveau – quand quelqu’un peut le faire parce que c’est banal. »

…Ou paradis de l’intelligence artificielle ?

Face à l’incroyable développement des intelligences artificielles, deux visions s’opposent diamétralement : le dystopique meilleur des mondes ou l’utopique monde meilleur. Claude de Loupy, p-dg de Syllabs, fait partie du deuxième camps. Son entreprise Syllabs est aujourd’hui l’un des leaders mondiaux en génération automatique de contenu et ses robots rédacteurs ont été utilisés par plusieurs grands médias. Dans une interview accordée à INA Global il nous explique comment les IA se feront dans le futur les alliées du journaliste.

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Celui qui refuse de parler de « robots rédacteurs » ou pire de « robots journalistes » a déjà offert les services de ses « moteurs de rédaction » à Le Monde. Le journal a utilisé un robot codé par Syllabs pour couvrir les résultats des élections départementales et rédiger ainsi 36 000 articles. Si c’est sur ce titre que vous avez suivi les résultats vous avez donc sûrement lu un…. robot ! Il explique durant l’interview qu’il existe trois types d’algorithmes permettant d’arriver à un pareil résultat. Un premier qui se base sur l’apprentissage de la machine, l’autre sur celle de l’humain qui, par son expertise, pose des règles à l’IA. Chez Syllabs on utilise la troisième méthode, celle qui fait la synthèse des deux premières.

Face aux legitimes inquiétudes de l’interviewer quant à de possibles pertes d’emplois ou de robotisation du journalisme, Claude de Loupy, admet que « La question de l’emploi, mais aussi plus généralement de l’éthique de l’Intelligence artificielle est cruciale. Nous avons clairement une responsabilité en tant qu’acteur sur ce secteur, et notre but est non de détruire, mais bien de valoriser l’activité humaine. » A son sens, ces progrès pourraient aller dans le sens d’un « rééquilibrage » après la claque économique que fut pour le métier de journaliste la révolution numérique. Il assure que lui et les gens avec qui ils travaillent se positionnent en  « libérateurs de potentialité journalistique, en permettant aux journalistes de se concentrer sur ce qui fait leur valeur ajoutée et leur apport à la société : du vrai journalisme. »

Le législateur a les fake news dans le viseur

Début janvier, dans ses vœux à la presse, le président de la République Emmanuel Macron annonçait sa volonté de lutter de manière législative contre les fake news. L’exécutif n’aura pas traîné, la «loi de fiabilité et de confiance de l’information» est dans les cartons du ministère de la Culture. L’équipe de Françoise Nyssen y travaille en réalité depuis septembre. La proposition de loi devrait être présentée dans les prochains jours par un député de la majorité. Le texte a vocation à créer une nouvelle législation et non modifier la grande loi de juillet 1881 qui encadre le droit de la presse et reconnaît déjà le délit de « fausse nouvelle« .

Sont ciblés, « le numérique au sens large » c’est à dire les réseaux sociaux ainsi que les sites de partage de vidéo mais également «les médias sous influence d’un Etat étranger» comme Russia Today pour ne citer que le dernier venu. Elle contiendra trois grandes dispositions. La première permettra de « suspendre » ou de « révoquer » la convention d’un média sous influence étrangère. Sans cette convention avec le CSA, impossible d’émettre. La seconde concerne les plateformes numériques. Lors de périodes définies (notamment en période électorales), ces plateformes devront indiquer pour quel montant les « contenus d’information » dits « sponsorisés » l’ont été. La dernière mesure, arme le législateur contre la désinformation. Les citoyens auront la possibilité de saisir un juge des référés « pour faire cesser la diffusion massive et artificielle d’une fausse nouvelle » et si le juge qualifie l’information fausse il pourra demander la cessation d’émission. Reste à savoir ce que le législateur qualifiera de faux.

Les médias français sourds aux appels de la podcast

Outre-Atlantique, la podcast a la côte, en France les médias écrits ne s’y mettent toujours pas. Dans un article pour INA Global, Xavier Eutrope analyse les raisons de ce manque, met en lumière ces médias qui osent l’expérimentation avant de se poser la question de leur compatibilité avec les stratégies des titres sur le long terme. Radio France s’est mis au podcast depuis un moment déjà, des sociétés comme Binge ou Les Nouvelles Écoutes s’y sont consacrées et les particuliers en ont fait leur terrain de jeu. Si Libération, avec deux podcasts âgées de plus de 10 ans semble être l’exception, les titres écrits peinent à mettre le pied à l’étrier. Pour Xavier Eutrope ce serait la faute à la vidéo, sur laquelle les médias ont mis la priorité. L’incertitude du modèle économique les freine également, surtout étant donné le peu de données disponibles. Il relève que Les Echos ou L’Equipe se sont jetés à l’eau et invite leurs consorts à les suivre. Il insiste sur le fait que c’est avec des projets innovants, protéiformes et originaux que le podcast pourra s’imposer dans l’hexagone. Julia Furlan conclue « Si le marché français et les rédactions veulent entrer dans le podcast, il n’y a rien d’autre que des opportunités et de l’espace. »

Neutralité et indépendance inquiétées dans la… distribution de la presse

Dans une lettre ouverte adressée à Mme Françoise Nyssen, M. Bruno Le Maire et M. Gérald Darmanin les MLP (Messageries Lyonnaises de Presse) lancent un cri d’alarme. En rappelant leur création résistante mais aussi le nombre d’éditeurs de presse nationale qu’elles représentent (570 sur un total de 1070), les MLP disent leur inquiétude. Les difficultés que rencontre Presstalis, un concurrent, mais surtout les décisions prisent pour y remédier présentent un « risque majeur pour la neutralité et l’indépendance de la distribution de la presse en France. » Par la voix de son président du conseil d’administration, José Ferreira, les MLP dénoncent que « le mouvement de concentration
capitalistique des médias est déjà une question grave, la perspective d’y intégrer nos
messageries est démocratiquement questionnable. » Les messageries appellent donc à la prise en considération d’autres solutions qu’elles proposent : la sécurisation des flux financiers, la séparation juridique de la distribution de la presse magazine et de la presse quotidienne, la responsabilisation des coopératives sur la gestion des messageries, le rééquilibrage de la régulation bicéphale en faveur de l’Autorité indépendante et enfin la nécessité de repenser la commercialité du réseau de vente.

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Cap sur 2018, cap sur le « choc du présent » !

Avant de se quitter, revenons sur les conclusions du Fond des médias du Canada qui analyse les tendances issues de la convergence et de l’interaction de différents phénomènes pour 2018. Dans son rapport publié le 31 janvier dernier intitulé « le choc du présent« , le fond met en évidence les quatre grandes tendances pour l’année à venir. Ils insistent sur la nécessité de rechercher un contre-pouvoir aux géants du Web et de mieux négocier leur présence sur le net. Sur l’utilisation de la technologie pour favoriser la création, le retour à l’audio (et notamment aux contenus natifs) ainsi que sur la transformation de la publicité. Le modèle serait en train de devenir obsolète et il faut prévoir une réforme du modèle publicitaire en ligne pour l’adapter aux besoins et aux envies des utilisateurs. Vous savez tout, le cap est donné… Il ne tient qu’à vous de le suivre !

A la semaine prochaine, toujours sur le blog du master JRE de Sciences Po Rennes, pour observer de près l’actualité des médias !

TF1 en guerre, presse censurée, l’avant-garde du journalisme : l’actualité surprenante des médias

En ce début de février, on revient sur les derniers rebondissements du conflit qui oppose TF1 à des opérateurs de télécommunications français.  On s’intéresse aussi aux relations houleuses entre la justice et la presse, avant de faire un saut vers les nouvelles technologies qui révolutionnent les médias.

Opérateurs et TF1 : le courant ne passe plus

La peur de l’écran noir : c’est l’épée de Damoclès qui menace les abonnés d’Orange depuis le 1er février 2018. Après deux ans de négociations ratées, TF1 a demandé à Orange de cesser de commercialiser ses chaînes. En effet, le 31 janvier marquait l’échéance du contrat entre la filiale de Bouygues et le premier opérateur français. Désormais, Orange diffuse de manière illégale l’ensemble des cinq chaînes du groupe TF1. Mardi 6 février, TF1 a assigné en justice l’opérateur pour cesser la diffusion.

Entre temps,  le replay de TF1 a déjà disparu pour les clients de la box d’Orange. 6,5 millions de foyers sont concernés. Orange dénonce la “prise en otage” de ses clients.

L’origine de ce bras de fer remonte à 2016, lorsque TF1 décide de faire payer les opérateurs pour la diffusion de ses chaînes, un service que la chaîne fournissait alors gratuitement. Alors, que des accords ont été trouvés avec SFR et Bouygues, Orange refuse de signer un nouveau contrat. Le point qui fâche, c’est le montant qu’exige TF1 au groupe de télécommunications.

Au micro de Sonia Devillers, dans l’instant M, Ara Aprikian, directeur général chargé des contenus à TF1,  justifie la somme demandée. Il souligne la nécessité de financer le contenu des chaînes, et d’offrir aux téléspectateurs de nouvelles “offres de créations”. Il évoque la fuite des revenus publicitaires sur les réseaux sociaux. Surtout, il rappelle que les opérateurs tirent profit de la vente de leurs abonnements, et qu’il est normal de rémunérer le contenu.

Ara Aprikian

Ara Aprikian, directeur des programmes de TF1

Pourtant, dans cette “bataille” Orange a rapidement été suivi par Free et Canal Plus. Vendredi 2 février,  Maxime Saada, directeur général du groupe Canal Plus,  a dit refuser de se plier aux exigences de TF1, quitte à renoncer à la diffusion. Il parle d’un “chantage” fait aux opérateurs à hauteur de 100 millions d’euros.

La force de TF1 ? C’est la chaîne la plus regardée de France. Le risque si les opérateurs font bloc ? Une perte d’audience sévère. Rien qu’Orange rapporte à TF1 25 % de son audience, selon Stéphane Richard, directeur général de l’opérateur.

Au coeur d’un rapport de force avec les Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI), et face à la montée en puissance de Netflix,  la chaîne défend bec et ongles sa capacité de proposer une grille de programmes attractive.  Alors, simple caprice financier de la plus riche des chaînes, ou signal fort de l’incertitude de rentabilité du modèle actuel de la télévision ?

Justice et journalisme : des relations conflictuelles

Mise en garde des journalistes dans l’affaire Daval

Le monde médiatique et celui de la justice entretiennent des relations tumultueuses. Un nouvel accroc est venu ponctuer, jeudi soir dernier, la semaine de folie autour des aveux de Jonathan Daval, époux et auteur présumé du meurtre de sa femme, Alexia Daval. La procureure de Besançon, Edwige Roux-Morizot, en charge de l’affaire, a convoqué la presse pour rappeler aux journalistes les principes du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence.

Ce sermonnage est intervenu après la révélation des échanges SMS entre les époux par BFMTV. Les entorses au secret de l’instruction sont monnaie courante, mais cette fois Mme Edwige Roux-Morizot est sortie de l’ombre pour recadrer, fermement, le monde médiatique. Une prise de parole rare. Malgré les aveux, et tant que le jugement n’a pas eu lieu, Jonathan Daval est innocent au regard de la loi.

Sur twitter, la leçon de la procureure divise. Sonia Mabrouk, des “Grandes voix” d’Europe 1 dénonce une “mise en garde stérile”.

Censure de Challenges

Lundi 5 février, l’hebdomadaire Challenges, détenu en grande partie par Renault, a fait appel à une décision du tribunal de commerce de Paris. Celui-ci a condamné le magazine pour infraction au secret des affaires. En effet, l’hebdomadaire économique venait de révéler  les difficultés financières d’une grande entreprise ( Conforama). Le verdict du tribunal de commerce repose sur le principe de confidentialité, établi par la jurisprudence pour protéger les sociétés qui prennent l’eau. Malgré la dénonciation d’une “censure illicite en démocratie” par le magazine, l’article litigieux a été retiré du site internet. Challenges est désormais formellement interdit de traiter le sujet. Néanmoins, son directeur de rédaction, Vincent Beaufils, revendique la liberté d’informer.

article censuré Challenges

Challenges : un article censuré

 

La presse fait front commun avec Challenges. Les sociétés des journalistes considèrent que la divulgation de cette information contribue à informer le public sur une question d’intérêt général. Le site Médiapart a publié l’intégralité du jugement et alerte contre “une censure absurde”. De même l’Express s’interroge : Le secret des affaires doit-il primer sur la liberté d’informer?

Arrêt sur images rappelle qu’une directive européenne “secret des affaires” est sur le point d’être retranscrite dans le droit français. Ce qui signifie que ce qui n’était que jurisprudence sera bientôt une loi.

Les suites de l’affaire Mathieu Gallet

Après avoir été révoqué mercredi 31 janvier par le CSA, le président de Radio France s’est adressé calmement, lundi 5 février, à ses salariés. Pourtant, depuis le début de l’affaire judiciaire pour “favoritisme”, et jusqu’à sa condamnation, Mathieu Gallet faisait la forte tête. Celui qui dénonçait “une décision arbitraire prise sous pression de l’Etat” a donc choisi l’apaisement. Il n’a fait aucune allusion à un possible recours devant le Conseil d’Etat. Il s’est attaché à motiver ses troupes face aux bouleversements prévus par la réforme de l’audiovisuel public. Il a aussi promis de lutter “jusqu’au dernier moment” dans l’intérêt de l’entreprise. Un “dernier moment” qui va très vite arriver, dès le 1 er mars il devra quitter ses fonctions. En tout cas, pour son entrée dans la passation de pouvoir, Mathieu Gallet a été fortement applaudi par son équipe.

 

Le journalisme du futur est déjà là

 Les robots-journalistes du Japon

Le Shinano Mainichi Shimbun, l’un des plus anciens journaux de l’archipel nippon, a décidé dutiliser l’intelligence artificielle pour confectionner des résumés de leurs articles. L’enjeu de cette démarche est de libérer du temps pour les journalistes. Finalement, au lieu d’apparaître comme nos concurrents, les robots-journalistes pourraient devenir des alliés précieux…

Pourtant, l’annonce faite par le Shinano Mainichi Shimbun n’est pas non plus une révolution : Heliograf, la petite main robotique du Washington Post, a déjà produit environ 300 brèves durant les JO de Rio de 2016. Plus audacieux, en avril prochain, un robot humanoïde, crée par Hiroshi Ishiguro, présentera le journal télévisé japonais, selon le Wall Street Journal.

Hiroshi Ishigro

Hiroshi Ishigro, créateur de Erica, robot journaliste

A propos de l’intelligence artificielle, Inaglobal a récemment publié un article très intéressant sur les “promesses et les dangers” qu’elle fait courir sur l’information. Le papier nous rappelle que les algorithmes sont utilisés dans la production et la consommation d’informations, tant pour débroussailler une base de données, que pour éditer des articles ou les diffuser de manière personnalisée ( Apprenez à dresser un robot, c’est formidable !). Toutefois, l’article insiste sur le fait qu’avant d’adopter “l’information algorithmée” les médias doivent se poser les bonnes questions : investir dans une telle technologie, est-ce rentable ? Peut-on confier la compréhension d’un événement ( le fameux WHY ?) à un robot ? La prise de risque éditoriale peut-elle être judicieusement déléguée à l’IA ? Et enfin, les médias doivent-ils s’engager dans une logique de recherche et développement de ces innovations pour assurer leur futur ?

Le NY times sur le point de passer à la réalité augmentée

Avec le lancement des JO d’hiver, le NY Times testera la réalité augmentée.  L’innovation aura lieu sur smartphone, grâce auquel on pourra désormais avoir l’impression qu’un athlète de saut à ski s’élance dans notre salon. Le NY times écrit : “ la caméra peut devenir une fenêtre dans un monde façonné par l’information digitale”. Alors, gadget ou réel intérêt pour le journalisme ? Pour le journal américain, cela ne fait aucun doute : la réalité augmentée permet de développer une histoire bien au-delà d’un écran, et faire que les utilisateurs se sentent encore plus concernés.

C’est tout pour cette semaine. Ne manquez pas la prochaine revue de presse jeudi prochain !

Audiovisuel public secoué, Facebook controversé : la semaine tourmentée des médias

Radio France entre dans une période de turbulences suite à la révocation du mandat de Mathieu Gallet. Pendant ce temps, son homologue de France Télévisions affirme ne jamais avoir connu de tensions avec l’Etat. Dans le monde tourmenté des acteurs médiatiques, Facebook a encore frappé. Ne soyons pas pessimistes ; la télévision affirme son adaptation aux nouveaux usages et tente d’attirer les « digital natives« , et un vent de fraîcheur souffle sur le monde médiatique. C’est l’actualité hebdomadaire des médias.

  • Tensions au sein de l’audiovisuel public

Mathieu Gallet démis de ses fonctions. Le titre de l’actuel PDG de Radio France était mis en jeu suite à sa condamnation pour favoritisme dans l’attribution de prestations à des sociétés de conseil, entre 2012 et 2014. S’il était encore en poste à l’INA, ces accusations troublaient sa position centrale au sein de la Radio du service public. Mathieu Gallet avait fait appel, souhaitant conserver son poste, et a été auditionné par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ce lundi 29 janvier. Seul ce dernier pouvait confirmer son maintien à la tête de Radio France, ce qu’il n’a pas fait.

Le CSA l’avait élu à la tête de Radio France il y a quatre ans, son mandat devait aller jusqu’en 2019. Il a pris fin ce 31 janvier 2018, après deux jours de concertation. Pour la première fois de son histoire, cette institution démet un dirigeant de ses fonctions. Le Conseil a estimé qu’il n’était plus en mesure d’assumer ses responsabilités compte tenu de la situation ; les relations entre l’Etat et le président de la radio de service public ne sont plus si confiantes. La condamnation ne justifiait pas à elle-seule la destitution. C’est aussi une manière pour cette autorité de régulation de réaffirmer son indépendance. Reste à savoir qui prendra sa place à la tête de Radio France.

Delphine Ernotte dément la mésentente entre France Télévisions et l’Etat. Elle aussi à la tête de l’information du service public, côté télévision, doit faire face à des difficultés. Elle aurait subi les foudres de Jupiter, qui aurait affirmé que l’ « audiovisuel public [était] la honte de la République » devant certains députés. Au même moment, elle avait été la cible de la motion de défiance votée par la majorité des salariés de France Télévisions.

Reconnaissant les « nouvelles exigences » auxquelles elle doit faire face, Delphine Ernotte affirme dans un entretien au JDD que « ce n’est pas la nature des liens que France Télévisions entretient avec l’État » qui pose problème. Si France Télévisions est le premier groupe audiovisuel français, il doit encore s’adapter à un environnement en pleine mutation. Le travail de la patronne de France TV est d’offrir une information télévisée « de qualité », indépendante de l’Etat dont la mission est d’engager la réforme, selon ses dires. Le travail de rénovation est en cours, et doit être présenté avant la fin de l’année 2018.

  • Facebook s’implique dans le monde médiatique

Les médias luttent contre le nouvel algorithme Facebook. Le 12 janvier, Mark Zuckerberg postait un message sur son mur afin d’expliquer la nouvelle hiérarchie des publications qui régira le fil d’actualité Facebook de ses utilisateurs : moins de visibilité pour les médias au profit des activités des proches. Cette nouvelle a effrayé les acteurs de la scène médiatique, qui en ressentent aujourd’hui les effets. Ainsi, ces derniers jours, Le Monde, Les Numériques ou encore Les Echos tentent de lutter contre ce nouvel algorithme. Ils invitent leurs abonnés à paramétrer leur compte de sorte à recevoir des notifications, afin que leurs publications apparaissent toujours dans le « Newsfeed » des usagers.

S’appuyant sur la lutte contre les « Fake news », le PDG de Facebook entend bien générer plus de recettes publicitaires avec ce nouveau dispositif. Les contenus sponsorisés seront mis en avant, au détriment de ceux ne pouvant pas se payer le luxe d’avoir de la visibilité.

Le Monde et Facebook

Extrait de l’article « Astuce : comment continuer à voir les contenus du « Monde » sur Facebook », Le Monde.

Facebook introduit une bourse aux journalistes. En plus de la modification de son algorithme, le géant des réseaux sociaux entend changer la donne au niveau journalistique avec l’introduction du « Facebook Journalism Project ». Ce dispositif mis en place aux Etats-Unis est censé promouvoir la diversité dans les médias.

Facebook parle bien, ici, de diversité ethnique et de genre, puisque cette bourse sera accordée à une centaine d’étudiants adhérant à la National Association of Hispanic JournalistsAsian American Journalists AssociationNative American Journalists Association et la National Lesbian and Gay Journalists Association. Chacune de ces organisations recevra donc un total de 250 000 dollars à distribuer aux étudiants éligibles. Ces derniers doivent être diplômés et inscrits dans une université accréditée des Etats-Unis, en lien avec les médias et l’information. Facebook affirme fermement son intention de peser sur le monde médiatique.

  • La télévision évolue avec son temps

France Télévisions fait peau neuve pour cibler les jeunes. Cette nouvelle identité que souhaite se créer le groupe audiovisuel du service public passe aussi par son identité graphique. En modifiant son logo, France TV souhaite montrer ses capacités à s’adapter au monde numérique. Ces changements sont censés répondre à trois exigences : le style, la cohérence, et l’efficacité. Ainsi,  la direction espère montrer que France TV évolue avec son temps. Chaque chaîne gardera sa spécificité identitaire.

Logo France Télévisions

La dernière modification d’envergure de la charte graphique remonte à 2002 ; l’introduction des volets que nous connaissions visait à inclure de nouvelles chaînes : France 5, puis France Ô et France 4.  « Notre système de marques n’était pas conçu pour évoluer dans le monde ouvert du numérique, a souligné Philippe Deloeuvre, directeur de la marque France TV. Il n’y avait pas de cohérence entre notre empreinte numérique et nos chaînes. »

Plus encore, France Télévisions lance son offre numérique destinée aux « digital natives » : Slash. Afin d’attirer les jeunes, le média se lance dans le format de vidéos courtes sur le web et les réseaux sociaux, comme l’on fait Brut. ou Loopsiders. Ils seront présents sur Snapchat, Facebook, mais encore Twitter et Youtube, ciblant ainsi les 18-35 ans. Un projet de service de vidéos à la demande, à l’égal de Netflix, serait également en cours. Toutes ces réformes font partie de la refonte de la télévision publique, dont le défi est l’adaptation à l’environnement numérique en pleine mutation.

TF1 modifie le nom de ses chaînes. Ce 29 janvier, HD1 est devenu TF1 Séries Films, et NT1 a pris le nom de TFX. L’objectif : se positionner en phase avec les nouvelles générations qui ont grandi en suivant le numérique grâce à TFX, et l’ancien HD1 doit attirer les fans de fiction. TF1 souhaite ainsi créer « une galaxie de chaînes, nouvelles, complémentaires » comme l’indique Xavier Gandon ; en d’autres termes, le directeur des antennes du groupe TF1 cristallise la spécialisation des contenus de ses chaînes.

« On pense que TFX est un nom qui symbolise bien ça, à la fois l’appartenance au groupe TF1 et le X qui est utilisé par beaucoup de marques générationnelles pour envoyer un message de modernité. Et puis avec HD1 qui devient TF1 Série Films, on a envie de faire une chaîne entièrement consacrée aux séries et au cinéma » Xavier Gandon.

  • Un peu d’optimisme !

AOC média : relancer l’Analyse, l’Opinion et la Critique. Ce pureplayer a l’intention d’offrir une place plus grande aux intellectuels et écrivains, afin que ces derniers adoptent une position critique et réfléchie vis-à-vis de l’actualité. Lancé le 25 janvier par Sylvain Bourmeau (Libération) et Raphaël Bourgois (Avis Critique), ce média s’inscrit dans la lignée d’Ebdo, Le Média et bien d’autres récemment apparus pour « structurer le débat ».

Le « print » renaît autour de la cause féminine. Alors que la diffusion des journaux papier semble affaiblie à cause du numérique, un espoir apparaît, autour de la cause féminine : Le Journal des Femmes sortira sa première édition « print » le 29 mars 2018. Il présentera du contenu exclusif n’apparaissant pas sur le site. Aurore Domont, présidente de Media.Figaro, argue que 2018 sera « l’année du monde physique ».

Ce pureplayer appartenant au groupe Figaro, fort de 11 millions de visiteurs chaque mois, offrira un magazine de 140 pages pour 2€90. Loin de concurrencer Madame Figaro, magazine hebdomadaire de la même enseigne, Le Journal des Femmes paraîtra chaque saison, au gré des temps forts de la vie de ces dames. Il sera tiré à 120 000 exemplaires (contre 400 000 pour Madame Figaro).

L’actualité locale gagne du terrain sur la Toile. Google teste Bulletin, son application destinée aux citoyens qui souhaitent partager les actualités locales. Cette application n’est pas fermée aux journalistes, puisque tout contributeur local aura une voix. Une personne témoin d’un événement pourra donc écrire un court article et inclure des médias audios ou vidéos. Certains restent sceptiques quant à la manipulation de l’information qui pourra être faite avec cette application, qui ne doit pas remplacer les professionnels.

Facebook se lance aussi dans l’actualité locale. Dans une publication du 29 janvier, Mark Zuckerberg a annoncé que celle-ci serait mise en valeur dans le fil d’actualité afin de relancer « l’engagement citoyen ».  Les grands médias perdent alors la main, au profit de l’actualité locale. Comment la détecter ? Facebook identifiera l’échelle des informations en fonction de la concentration de clics dans une zone géographique donnée.

Facebook et Google sont deux acteurs cruciaux dans l’avenir des médias locaux, et le deviennent encore plus avec ces nouvelles qui ne peuvent que les réjouir. Les petites structures auront plus de voix pour rivaliser avec les grandes.

C’est tout pour cette semaine, on se donne rendez-vous jeudi prochain pour de nouvelles actualités !

Plongez au cœur de l’actualité des médias, tous les jeudis, avec les journalistes de Sciences Po Rennes !

Alors que Spotify lance Spotlight, TF1, lui, rachète Auféminin. Pendant ce temps, l’école de journalisme de Tours lance son Master journalisme et Vincent Bolloré voit ses coups de pression être visés par une tribune… Oui, l’actualité des médias a encore été chargée cette semaine. Vous avez loupé le coche ? Dans ce cas, en avant pour la session de rattrapage !

Les infos du 18 au 24 janvier.

TF1 rachète 78% d’Aufeminin pour 286,1 millions d’euros

Affaire conclue ! Le groupe TF1 déclarait, jeudi 18 janvier, avoir fait l’acquisition de 78 % d’Aufeminin, le fameux site internet à destination de ces dames. Le principal actionnaire du magazine annonçait, à la même occasion, son intention de lancer une offre publique d’achat ; opération qui reste en suspens en attendant l’obtention des autorisations réglementaires.

27 millions de visiteurs par jour, un bénéfice net de 11 millions d’euros et un chiffre d’affaires de 107,3 millions d’euros en 2016. Voilà quelques chiffres qui permettent de saisir l’importance du site internet et l’intérêt de l’investissement de TF1. D’après le groupe, « Auféminin est un acteur numérique disposant d’un portefeuille de marques et de contenus uniques sur les cibles féminines lui permettant d’accélérer sa transformation numérique ».

Créée en 1999, la plate-forme est présente dans plus de 20 pays en Europe, au Maghreb en Amérique du Nord et en Amérique Latine.

Argent

Le fondateur de L’Obs s’élève contre la une de son magazine

Le visage du président de la République, Emmanuel Macron, derrière des barbelés. Une photo en noir et blanc, vecteur d’insensibilité et de mélancolie. Telle était la couverture du numéro « Migrants. Bienvenue au pays des droits de l’homme » de L’Obs, publié le 11 janvier ; couverture fortement critiquée par Jean Daniel, le fondateur du magazine, aujourd’hui âgé de 97 ans. « Je ne supporte pas de voir la tête de notre président entourée de barbelés, avec le choix de les subir ou de les imposer. Je ne supporte pas non plus que le président de la République soit représenté comme un tyran qui affecterait de recevoir avec humanité et générosité tous les migrants de la terre » revendique-t-il. L’homme montré du doigt dans cette affaire : Matthieu Croissandeau, le directeur de la rédaction. Celui-ci répond que « cette couverture choc – il est vrai – se justifie à nos yeux parce que la situation l’exige. La crise migratoire, qui jette chaque mois des milliers d’hommes et de femmes sur les chemins de l’exil au risque de leur vie, constitue elle aussi un choc, dont la France ne semble pas avoir pris toute la mesure ».

actualités des médias

Couverture de l’Obs

L’événement risque de porter préjudice au journaliste. D’après Libération et Quotidien, un « départ imminent du directeur » serait à l’ordre du jour. Dominique Levy-Saragossi, la directrice générale de L’Obs aurait « rencontré plusieurs journalistes susceptibles de remplacer Mathieu Croissandeau ».

Affaire Haziza : Le Monde et France Info prennent le large

Nouvelle conséquence de l’affaire Haziza ? Le Monde et France Info mettent un terme à leur partenariat avec l’émission « Questions d’information » ; émission présentée par Frédéric Haziza, accusé d’agression sexuelle sur la personne d’Astrid De Villaines, une autre journaliste de LCP, en 2014. L’enquête interne menée mentionnait « qu’aucun geste inapproprié » n’avait été signalé depuis 2014 ; permettant au présentateur de reprendre sa place en janvier 2018.

Toutefois, le retour de Frédéric Haziza ne serait pas à l’origine du retrait de France Info qui justifie sa décision par le départ du Monde. La seconde motivation de la radio : « un contexte perturbé et perturbant » inhérent au renouvellement de la présidence de LCP.

Spotlight : le nouveau podcast multimédia de Spotify

Du texte, de la vidéo, de la photo, de l’audio… Spotify, le service de streaming musical, met les bouchées doubles avec Spotlight, sa nouvelle fonctionnalité de podcast multimédia, accessible depuis l’application. L’objectif : séduire un public friand d’actualités et élargir son offre actuelle. Au programme : des sujets politiques, sportifs, culturels, de divertissement… Pour ce faire, Spotify a exploité ses partenariats actuels avec des médias tels que BuzzFeed News, Uninterrupted, Crooked Media, Genius. Les équipes de Spotify ont également mentionné la production de contenus originaux.

Disponible depuis vendredi dernier dans le pays de l’Oncle Sam, les curieux des autres continents auront, à leur tour, accès au podcast visuel « dans un avenir proche ».

Si l’originalité de Spotlight n’est pas à remettre en question, il est, toutefois, possible de s’interroger sur la légitimité du service musical à faire son entrée dans le milieu de l’actualité.

L’EPJT ferme son DUT et sa licence professionnelle au profit d’un Master

Nouvelle année, nouvelles résolutions : Nicolas Sourisce, le directeur de L’École Publique de Journalisme de Tours, annonçait, jeudi 18 janvier, la fermeture de son DUT et de sa licence professionnelle au profit de l’ouverture d’un Master en septembre prochain. « Quand nos étudiants finissent le DUT, ils s’orientent généralement vers notre licence professionnelle journalisme. Puis, comme ils manquent encore de maturité, ils cherchent souvent à continuer leurs études.» explique le directeur pour justifier le chamboulement. De la même manière que le DUT et la licence professionnelle, l’accès au Master sera soumis à la réussite au concours d’admission et à un entretien préalable avec un jury de professionnels ; des niveaux plus élevés de culture générale et d’anglais seront exigés.

Ces transformations peuvent paraître paradoxales, notamment lorsque l’on sait que « 90 % des étudiants travaillent dans des entreprises de presse trente-six mois après leur sortie de l’école ». D’ailleurs, le directeur se félicite d’un tel taux d’intégration professionnelle.

Aussi, ces changements inquiètent Dominique Gerbaud, ancien rédacteur en chef de La Croix qui craint que « la difficulté croissante d’accès aux formations de journalisme ne fasse que creuser l’écart entre les médias et les gens », sans pour autant répondre aux besoins journalistiques.

27,400 euros mensuels : le salaire mirobolant de Natasha Polony fait polémique

800,000 euros de dommages et d’intérêts. Voilà ce que réclame Natasha Polony, l’ancienne chroniqueuse de Europe 1 ; radio qu’elle poursuit aux Prud’hommes pour son licenciement qu’elle juge sans cause réelle ni sérieuse. Pourtant, ce n’est pas son renvoi qui fait polémique, mais bien son salaire mensuel ; un salaire s’élevant à 27,400 euros. Une rémunération que la journaliste a perçue pendant ses cinq années de services.

Si l’avocat de Natasha Polony dénonce l’utilisation abusive et illégale du contrat d’usage, Europe 1 souligne l’impossibilité de rémunérer un journaliste à une telle hauteur indéfiniment. Toujours d’après la chaîne de radio, Natasha Polony aurait été bien mieux rémunérée que la majeure partie de ses collaborateurs.

Alors que le milieu du journalisme est touché de plein fouet par la crise, de tels montants scandalisent de nombreux professionnels et lecteurs. D’autres peinent à comprendre le fondement du débat ; Europe 1 étant une radio privée.

Grève au journal l’Équipe. 26 emplois menacés

26 emplois menacés. Le quatrième plan de suppression d’emplois en cinq ans. Voilà ce qui a amené les journalistes de L’Équipe à faire grève vendredi 18 janvier. Les conséquences : un canard absent des kiosques le samedi et un site internet dépourvu d’actualités.

actualité des médias

Tweet l’Équipe

Si les chiffres récoltés par l’ACPM témoignent d’une progression de la version numérique de L’Équipe, ils attestent également d’une chute des ventes physiques de 8,39 % au cours de la dernière année.

The Guardian espère atteindre son seuil de rentabilité d’ici 2019

Les équipes du journal anglais The Guardian commenceraient-elles à voir la fin de leur calvaire financier ? C’est, en tout cas, ce qu’affirmait David Pemsel, le directeur général du groupe Guardian Média, le 19 janvier. Le seuil de rentabilité devrait à nouveau être atteint d’ici 2019. Les coupes budgétaires s’élevant à 20 % des frais totaux et le passage du format berlinois au format tabloïd moins coûteux auraient permis au média de sortir la tête de l’eau. En effet, le groupe dévoilait en 2016 une situation financière des plus inquiétantes : les dons, principale source de recettes du canard, chutent de 140 millions de livres (plus de 160 millions d’euros) en 6 mois à peine ; le montant des dons passant ainsi de 880 millions de livres (plus d’un million d’euros) à 740 millions (près de 847 millions d’euros).

Heureusement, l’hémorragie fait place à un regain de compétitivité : les pertes ne s’élevaient plus qu’à 38 millions de livres (plus de 43 millions d’euros) en 2017.

Les Français reprennent confiance en leurs médias

Les nouvelles sont plutôt bonnes en ce début d’année 2018 ! D’après le baromètre de confiance de La Croix, réalisé par l’institut Kantar-Sofres et dévoilé le 23 janvier dernier, la confiance des Français dans les médias traditionnels progresse. Désormais, 56 % des Français interrogés font confiance à la radio « pour fournir une information viable et vérifiée », soit un gain de 4 points par rapport à l’année précédente. La presse écrite et la télévision décrochent la deuxième et troisième place avec respectivement 52 % et 48 %, soit, toutefois, un gain notable de 7 points chacun.

Le média internet, lui, ne jouit pas de la même notoriété et connaît même une baisse : seuls 31 % des Français perçoivent la toile comme une source d’informations fiable, contre 35 % l’an passé.

Actualité des médias

Autre constat important, et pour le moins inquiétant : l’intérêt des Français pour l’actualité n’a jamais été aussi faible depuis 1987.

Vincent Bolloré pointé du doigt pour ses coups de pression sur les médias

Ras le bol collectif d’une panoplie de médias. L’Humanité, Libération, Le Monde, Les Echos, l’AFP, Reporters sans frontières… Ils sont, au total, une vingtaine à avoir signé une tribune le 23 janvier pour dénoncer les méthodes de pression de Vincent Bolloré, le président du groupe Bolloré : des poursuites qualifiées de systématiques lorsque ces derniers s’intéressent aux activités du groupe, et plus particulièrement à celles en lien avec l’Afrique. Les signataires pointent notamment du doigt les 15 procédures en cours ou engagées ; aussi bien sur le territoire national qu’à l’étranger ; pour « dénigrement » ou « diffamation ». Ils affirment également que « ces poursuites systématiques visent à faire pression, à fragiliser financièrement, à isoler tout journaliste, lanceur d’alerte ou organisation qui mettrait en lumière les activités et pratiques contestables de géants économiques comme le groupe Bolloré ».

Entre difficultés, renouvellements et incertitudes : un début d’année mouvementé pour les médias

Dans la première revue de l’actualité des médias cette année : un service public à nouveau dans la tourmente et une presse papier toujours en difficulté. Des difficultés qui n’empêchent cependant pas un renouvellement dont la semaine fut le symbole. Enfin, entre fake news et Facebook, les médias devront faire face à de nouveaux défis en 2018.

Après France Télévisions, Radio France dans la tourmente

La fin de l’année 2017 avait été marquée par les difficultés internes à France Télévisions. En ce début d’année 2018, c’est maintenant Radio France qui plonge une nouvelle fois le service public hexagonal dans la tourmente. En cause : la condamnation, ce lundi, à un an de prison et 20 000 euros d’amende, par le tribunal de 1re instance de Créteil, de l’actuel PDG de Radio France, Mathieu Gallet. L’actuel numéro 1 de la radio de service public se voit reprocher des faits de favoritisme dans l’attribution de prestations à deux sociétés de conseil. Si les faits datent de son passage à l’INA entre 2010 et 2014, cette condamnation remet directement en cause son maintien à la tête de Radio France. En effet, la ministre de la culture Françoise Nyssen lui a demandé « d’en tirer les conséquences ». Mathieu Gallet pour sa part ne souhaite pas quitter son poste. Il a d’ailleurs fait appel et se retranche derrière la présomption d’innocence

Face à cette situation, il appartient désormais au CSA de trancher, comme l’avait d’ailleurs rappelé la ministre de la culture dans un communiqué lundi. En effet, depuis 2013, le CSA est la seule instance habilitée à démettre de ses fonctions un dirigeant de l’audiovisuel public. A la suite de sa cession plénière, ce mercredi, le CSA a décidé d’engager une procédure pour décider du maintien ou non de Mathieu Gallet à la tête de Radio France. Selon des informations du Monde, la décision devrait être rendue la semaine prochaine. Cette décision interviendra dans un contexte très particulier, l’exécutif réfléchissant en ce moment à une réforme du fonctionnement de l’institution, jugé « caduque » par le président de la République.

Communiqué Nyssen

Source : Ministère de la culture

La presse papier toujours en proie à des difficultés économiques

Le groupe L’Equipe (composé du quotidien papier homonyme, de France Football et de Vélo Magazine) devrait connaître une nouvelle coupe dans ses effectifs. En effet, le groupe, qui est toujours déficitaire de plusieurs milliers d’euros a annoncé, le 11 janvier dernier à la suite d’un comité d’entreprise exceptionnelle, la suppression de 25,5 postes au sein du pôle papier. Ce quatrième plan d’économie en cinq ans toucherait, selon les informations de Libération, le service « réalisation », c’est-à-dire les correcteurs, les infographistes et les maquettistes. Il serait également basé sur un plan de départs volontaires. Face à cette nouvelle décision, les représentants du comité d’entreprise se sont dits « choqués » dans un communiqué.

Autre pays, autre réponse face aux difficultés économiques. En effet, le journal britannique The Guardian, dans un gouffre financier malgré son succès planétaire, a décidé de se tourner vers le format tabloïd pour réduire ses coûts. Le journal subit depuis 2016 un redressement mais ses pertes s’élevaient toujours à 45 millions de livres en 2017. Le quotidien a donc décidé de délaisser son format traditionnel (format berlinois) pour un format plus petit et donc moins coûteux. Il s’agit d’une « étape majeure » pour la rédactrice en chef du quotidien Katherine Viner. Pour information, seuls le Daily Telegraph et le Financial Times publient désormais en grand format de l’autre côté de la Manche.

Un vent nouveau souffle sur l’univers médiatique

Malgré ces difficultés financières, la semaine médiatique a également été marquée par l’apparition de trois nouveaux médias.

Première nouveauté en ce début d’année 2018, Loopsider a fait son apparition sur la toile le 10 janvier dernier. Créé par Johan Hufganel (ex-numéro 2 de Libération), Giuseppe de Martino (ancien directeur général de Dailymotion) et Arnaud Maillard (ex-patron du numérique chez Discovery), Loopsider se présente comme un média vidéo mobile et social, à l’image d’AJ+ ou Brut. Le média est présent sur les réseaux sociaux (Instagram, Youtube, Twitter, et Facebook) et les vidéos mises en ligne devraient aborder des thématiques telles que les enjeux de société, l’environnement et la santé. Pour Johan Hufnagel, Loopsider cherche à s’adresser « à l’intelligence plus qu’à l’émotion ».

Ce vendredi, c’était au tour de L’Ebdo de faire son apparition chez vos marchands de journaux. Le premier numéro du magazine papier, porté par les fondateurs de la revue XXI Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, était consacré à « l’intouchable SNCF». Le magazine est vendue 3,50 euros et a été tiré à 200 000 exemplaires. L’Ebdo se veut indépendant et veut redonner le goût de la lecture de la presse papier à travers des reportages approfondis et ses images soignés. A l’intérieur de ce premier numéro, on retrouve des sujets tels que les enfants déplacés de la Réunion, l’intelligence artificielle ou encore le procès de l’amiante. L’Ebdo est caractérisé par son petit format, son absence de publicité et son absence de rubriques.

Enfin, Le Média a également lancé son JT quotidien et gratuit ce lundi sur son site internet lemedia.tv. Après plusieurs mois d’attente, ce journal citoyen et engagé était attendu mais a été quelque peu perturbé par un problème technique qui a rendu impossible le visionnage du programme sur le site. Les internautes ont ainsi dû se rapatrier sur Youtube pour voir Aude Rossigneux aborder le sujet des inégalités salariales, les manifestations en Iran, le sort des réfugiés en région PACA ou encore interviewer Bruno Gaccio. Du fait du manque de moyens, aucun reportage n’a été diffusé lors de ce premier journal. Quoi qu’il en soit, depuis lundi, le JT est diffusé tous les jours à 20 heures.

A noter que 2018 devrait voir apparaître plusieurs autres médias. Ainsi on attend le « micro-média » AOC à la fin du mois, le concurrent « de droite » du Média, La France Libre en février, Vraiment en mars et enfin le nouvel hebdomadaire du groupe Bayard à l’automne. Un vent nouveau qui ne risque pas de s’estomper de sitôt donc.

Les fake news encore et toujours au cœur de l’actualité médiatique en 2018

Le 3 janvier, Emmanuel Macron a annoncé un projet de loi pour lutter contre les fake news. Ce projet de loi, qui touchera sans aucun doute l’univers médiatique, a été clarifié par la ministre de la culture, Françoise Nyssen, ce lundi, dans une interview donnée exclusivement au Huffington Post. Ainsi, si la ministre écarte toute possibilité d’un « CSA du web », il sera désormais possible de « saisir le juge à travers une nouvelle action en référé ». Le principe de cette loi anti fake news, sera, selon Françoise Nyssen de lutter contre la viralité et la rapidité de diffusion de ces fausses informations. Le CSA, quant à lui, gardera sa charge de contrôle du service audiovisuel et pourra suspendre certaines chaines en cas de diffusion de fake news. Ce projet de loi devrait être bouclé dans les semaines à venir.

Cette clarification de la part de la ministre de la culture intervient au même moment qu’une nouvelle affaire concernant les fake news. En effet, ce mardi, Buzzfeed a mis en cause le Front national dans la création d’une fake news durant la campagne présidentielle. Pour le site d’informations, le FN aurait créé de toutes pièces un faux témoignage dénonçant la proximité entre Delphine Ernotte (présidente de France Télévisions) et Emmanuel Macron. Cette vidéo avait été diffusée par plusieurs membres de l’état-major du parti. Or ce témoignage, censé être celui d’un salarié de l’audiovisuel public, serait en fait celui de Christophe Boucher, prestataire vidéo et ami de longue date de Marine Le Pen. Pour sa défense, le FN, par l’intermédiaire de David Rachline (qui a participé au montage de la vidéo) évoque une parodie. Or cette vidéo avait été mise en ligne en réponse à un numéro d’envoyé spécial qui mettait en cause les pratiques dangereuses du Front National et les dénonciations de connivence entre la présidente de France Télévisions et Emmanuel Macron de la part des membres du Front National, en premier lieu sa présidente, ont été nombreuses. Marine Le Pen ne s’est pour sa part pas exprimer mais s’est dit opposée au projet de loi anti-fake news.

Facebook et les médias : un rapport modifié

Facebook pourrait bien perturber un peu plus l’univers médiatique cette année. En effet, son créateur Mark Zuckerberg a annoncé une refonte totale du fil d’actualité du réseau social. La priorité sera désormais donnée aux contenus partagés ou commentés par les proches et les amis au détriment des contenus publiés et diffusés par les médias. Pour Zuckerberg, il s’agit « d’accroître le bien-être des utilisateurs par un accroissement des interactions sociales ». Ainsi, regarder des vidéos ou lire des informations ne serait pas aussi bénéfique pour l’utilisateur que l’interaction sociale selon Zuckerberg. Pour les médias, cette décision pourrait entraîner une diminution du trafic sur leurs sites, Facebook étant, notamment sur mobile, une plateforme de diffusion extrêmement importante pour eux.

 

En outre, Facebook a également décidé de se tourner vers l’information locale. En effet, le réseau social teste actuellement un nouvel onglet baptisé Today In au sein de son application mobile. Cette nouvelle section met en avant les informations locales ainsi que les évènements à l’échelle de la ville. Ce test est actuellement disponible dans six villes américaines (Nouvelle Orléans, Little Rock, Billings, Peoria, Olympia et Binghampton) et s’inscrit au sein du Journalism Project Initiative, une initiative qui vise à améliorer la collaboration entre Facebook et la presse. Pour l’heure, aucune information n’a été dévoilée concernant la diffusion de Today In à d’autres villes ou pays.

La revue de l’actualité des médias c’est fini pour cette semaine. Rendez-vous jeudi prochain.

Neutralité du Net, stratégies actionnariales et Reporters sans frontières : c’est l’actu de la semaine côté médias

Au programme, cette semaine : la fin de la neutralité du Net aux États-Unis et ses potentielles conséquences pour les médias en ligne ;  la polémique sur l’entrée de Renault au capital de Challenges ; les combines « bolloresques » à Canal+ ; les dernières évolutions du paysage médiatique français ; et 2017, année la moins meurtrière pour les journalistes depuis 14 ans.

Fin de la neutralité du Net, fin d’Internet ?

Le 14 décembre 2017 restera dans l’histoire comme le jour où les États-Unis, berceau d’Internet, ont dit adieu à la neutralité du Net. Késaco ? La non-discrimination des flux de données transitant sur le réseau qui interdit aux fournisseurs d’accès (FAI) de bloquer ou de prioriser un contenu contre rémunération. Ce principe vient donc d’être enterré par la Federal Communications Commission, le régulateur des télécommunications US. Les FAI pourront désormais proposer un Internet à la carte, comme le détaille le Blog du Modérateur. Objectif : permettre aux opérateurs de rentabiliser leurs investissements dans l’amélioration du réseau. Au risque de placer le contrôle d’Internet entre les mains des géants des télécoms.

  • La liberté de la presse web en danger ?

Les médias pourraient être les victimes collatérales de cette révolution. Surtout quand les opérateurs sont aussi fournisseurs de contenus. Sans neutralité du Net, qu’est-ce qui empêcherait Patrick Drahi, patron de SFR, de favoriser l’accès aux médias (L’Express, Libération, BFMTV, RMC…) dont il est également propriétaire, et de bloquer les concurrents ? Aux États-Unis, des voix s’élèvent pour dénoncer les potentielles restrictions aux libertés d’expression et d’information, à commencer par Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web. « La neutralité du Net, c’est avoir accès au vrai Internet », affirme Sébastien Soriano, président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, confiant sur le maintien du principe en Europe.

Histoires de gros sous

C’est une alliance qui fait grand bruit. Mercredi 13 décembre, Renault a annoncé son entrée au capital du magazine économique Challenges, propriété de l’homme de presse Claude Perdriel, 91 ans. Le constructeur automobile détiendra 40% des parts d’un groupe qui comprend aussi les mensuels Sciences & Avenir, La Recherche, L’Histoire et Historia. Pour Carlos Ghosn, le patron de Renault-Nissan, il s’agit de « préparer l’arrivée des contenus dans la voiture connectée et autonome », appelée à devenir un lieu de consommation de vidéos, de podcasts et d’écrits.

Étrange coïncidence : Challenges consacrait sa Une du 14 décembre à la voiture du future, avec un véhicule Renault au premier plan ! Un choix qui a suscité critiques et moqueries sur les réseaux sociaux.

Les explications de Claude Perdriel n’ont pas rassuré la SDJ du magazine quant à l’indépendance du titre vis-à-vis de son nouvel actionnaire.

En acquérant les actifs de la 21st Century Fox pour 52 milliards de dollars, Disney a fait une prise de premier ordre : Sky, bouquet de chaînes de télévision payantes, qui réunit 22,5 millions d’abonnés dans cinq pays européens (Royaume-Uni, Irlande, Allemagne, Autriche et Italie). Le groupe américain pourrait s’appuyer sur cette base pour lancer son service de vidéo en ligne et contrer ses concurrents, Netflix et Amazon. Autre bonne affaire pour Disney : les droits sportifs détenus par Sky, à commencer par la Premier League anglaise de football, mondialement diffusée.

Le journalisme à la sauce Bolloré

  • Charte éthique douteuse chez CNews

Les Jours nous retracent les chemins tortueux empruntés par la charte « déontologique » mise au vote jeudi 14 décembre, à Cnews, la chaîne d’information en continu du groupe Canal+, dirigé par Vincent Bolloré. Élaboré par une société des rédacteurs réputée proche de la direction, ce document, à visée éthique, valide cependant des pratiques contraires à la déontologie journalistique. Exemple : «  Tout journaliste du groupe Canal doit être informé par la direction d’une modification éditoriale susceptible de dénaturer son travail en amont de la diffusion ». Ou encore : « Lorsque l’intérêt éditorial le justifie, les journalistes du groupe Canal pourront être amenés à couvrir des événements d’actualité en lien avec une activité économique du groupe et/ou de son actionnaire ».

Les Jours (encore eux !) révèlent que François Deplanck vient d’être viré de son poste de directeur des chaînes et contenus de Canal+ International, la filiale du groupe télévisuel qui s’occupe de distribuer ses chaînes à travers le monde. A l’origine de la sanction, la retransmission (non-autorisée) en Afrique d’un sujet de L’Effet papillon, l’émission de reportages internationaux de Canal+, consacré à l’opposition togolaise au président Faure Gnassingbé. Problème : Vincent Bolloré a d’importants intérêts économiques au Togo et s’entend à merveille avec son président, dont la famille monopolise le pouvoir depuis cinquante ans. L’homme d’affaires breton voulait qu’une tête tombe pour marquer le coup. Ce fut celle de François Deplanck.

Heurs et malheurs des médias hexagonaux

En mars 2018 paraîtra un nouvel hebdomadaire d’actualité appelé Vraiment. Fondé par l’ancien journaliste de Franceinfo Jules Lavie, le magazine est pensé comme un « complément » à l’information quotidienne, avec des sujets longs. Sa cible : les « nouvelles générations », à savoir les hommes et femmes de 20 à 39 ans. L’équipe de lancement revendique la « neutralité » politique du journal, bien qu’elle compte dans ses rangs deux anciens conseillers d’Emmanuel Macron et de Michel Sapin au ministère de l’Économie : Julie Morel, 34 ans, et Julien Mendez, 36 ans.

Vendu 4,50 euros, le nouvel hebdomadaire sera tiré à 40.000 exemplaires par jour. Il devra affronter la concurrence de Society (50.000 exemplaires toutes les deux semaines) et d’Ebdo, le magazine conçu par l’équipe des revues XXI et 6Mois, qui arrivera dans les kiosques le 12 janvier 2018.

  • Le Nouveau Magazine littéraire, pour faire vivre le débat d’idées à gauche

Ce lundi est paru le premier numéro du Nouveau Magazine littéraire, le mensuel qui ambitionne d’être la revue des débats de la « gauche hors les murs », avec aussi des rubriques consacrées à la littérature, à la culture et à l’histoire. Dirigée par l’intellectuel Raphaël Glucksmann, proche de Benoît Hamon, cette publication est une refonte du Magazine littéraire fondé en 1966, propriété de Claude Perdriel, décidément au cœur de l’actu média cette semaine.

Vendu 4,90 euros (5,90 euros par la suite), le premier numéro propose notamment un long texte de Najat Vallaud-Belkacem sur la social-démocratie, sorte de programme pour une éventuelle candidature à la tête du Parti socialiste. La direction du magazine vise 30 à 35.000 exemplaires vendus par mois.

Le Lab d’Europe 1, c’est bientôt fini. Le site politique ne sera plus alimenté à partir de la fin janvier. La maison mère souhaite transformer son Lab en pôle d’innovation au sein d’Europe1.fr, pour développer de nouveaux formats audio, vidéo et interactifs. Animé par six journalistes en attente de reclassement, le site internet s’était spécialisé dans l’épluchage de la presse écrite, radio, télé et web pour y dénicher les « petites phrases » susceptibles de faire le buzz. On lui doit notamment le repérage des propos sur la « fournée » de Jean-Marie Le Pen, en référence au chanteur Patrick Bruel, d’origine juive et engagé contre le FN.

  • Lancement de Russia Today made in France

Déjà diffusée en anglais, en arabe et en espagnol dans 100 pays sur cinq continents, la chaîne d’information financée par le gouvernement russe a officiellement lancé sa version francophone, avec la diffusion du premier JT de RT France, ce lundi. Présenté par Stéphanie de Muru, transfuge de BFM TV, le programme offre une grille de lecture qu’Arrêt sur images qualifie de « poutinienne » : soutien à Bachar al-Assad, critique de la diplomatie américaine et mise en exergue des désordres sociaux en Occident. Si vous souhaitez un point de vue « alternatif » sur l’actualité, c’est ici que ça se passe.

  • Causette en cessation de paiement

Le magazine féministe a déposé le bilan, vendredi 15 décembre. Selon Arrêt sur images, ce serait la conséquence d’un chute de 20% des ventes du titre entre fin 2016 et début 2017. Un coup dur pour Causette, puisque la diffusion papier représente 95% des revenus du mensuel qui mise très peu sur la publicité. Le tribunal de commerce de Paris devra décider le 9 janvier 2018 d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire. Des repreneurs seraient déjà sur les rangs et il ne devrait pas y avoir de cessation d’activité.

Et pour quelques infos de plus

  • L’interview « brosse à reluire » d’Emmanuel Macron par Laurent Delahousse

Politiques, journalistes, humoristes… Ils sont nombreux à exprimer leur sidération par rapport à la complaisance avec laquelle Laurent Delahousse a conduit son interview du Président de la République, dimanche soir, sur France 2. Le site de critique des médias Acrimed propose un florilège des questions les plus « audacieuses » posées par le journaliste à Emmanuel Macron.

« L’une des questions les plus percutantes de l’interview de Macron : ‘Voici le sapin de Noël dans la cour, c’est la fin de l’année, que voulez-vous dire aux Français, n’ayez pas peur ?’. Le pire du journalisme français déférent. » (Michel Rose, correspondant de Reuters à l’Élysée)

Le Président a profité de cet entretien pour clarifier sa position sur la réforme de l’audiovisuel publique, à qui le gouvernement impose un plan d’économie de 50 millions d’euros. Le chef de l’État estime que France Télévisions ne répond « pas totalement » à ses missions de service public, notamment en ce qui concerne la formation des jeunes, de plus en plus nombreux à préférer les contenus en ligne à la télévision traditionnelle. C’est pourquoi un « grand travail de réflexion » sera lancé en 2018, réunissant les acteurs de la télévision publique, les parlementaires et les professionnels du secteur, pour adapter l’audiovisuel public aux nouveaux usages des téléspectateurs et repenser ses missions.

  • 2017, année la moins meurtrière pour les journalistes depuis 14 ans

Reporters sans frontières a publié, ce mardi, son bilan annuel des journalistes tués, détenus, otages et disparus dans le monde. A retenir : 2017 est l’année la moins meurtrière pour la profession depuis 14 ans, malgré le décès de 65 journalistes, dont 39 ont été assassinés. Outre l’amélioration de la sécurité physique des professionnels de l’information sur le terrain, ces chiffres s’expliquent par le fait que les pays les plus dangereux (Syrie, Irak, Yémen, Libye) se vident de leurs journalistes. Une perte regrettable pour la collecte et la diffusion de l’information.

C’est tout pour cette semaine et c’est déjà pas mal ! A jeudi prochain, pour un nouveau tour d’horizon de l’actu médias.

France télévision, fake news, actionnaires et hommages en pagaille : retour sur l’actu des médias de la semaine!

Au programme cette semaine: le dernier épisode de la saga France Télévision, l’incessant combat contre les fake news et des actionnaires toujours plus obscurs. Voici l’actualité des médias d’une semaine sur fond de deuil. 

L’orage gronde au-dessus de l’audiovisuel public

     ◊ Delphine Ernotte désavouée

Une motion de défiance a été adoptée, mardi 12 décembre, à 84% contre Delphine Ernotte par plus de 69% des huit cents journalistes du service public.  Malgré la marche arrière de la présidente sur la baisse de diffusion des magazines d’informations fin novembre, les salariés ont répondu massivement « non » à la question de savoir s’ils font confiance à leur dirigeante « pour préserver la qualité et les moyens de l’information à France Télévisions ». Ce vote, qui n’a qu’une valeur symbolique, illustre l’escalade de tensions entre les salariés et la direction.

Le lendemain, la majorité des salariés du groupe ont cessé de travailler pendant 24 heures, suivant l’appel à la grève du SNJ, de la CGT et de FO. Outre la protestation contre le plan d’économie envisagé par France Télévision dans le secteur de l’information où une trentaine d’emplois est menacée, les grévistes s’inquiètent des profondes réformes souhaitées par le gouvernement l’an prochain (voir plus bas). Un double retentissement donc qui affaiblit encore un peu plus la présidente Ernotte.

 

     ◊ Macron siffle « la fin de la récréation » 

Contrarié par les derniers évènements qui mettent en scène France Télévision, le président de la République, Emmanuel Macron, prévoit de lancer une grande réforme de l’audiovisuel public dès l’été prochain selon le JDD. Le principal objectif de cette « révolution » est de restreindre le nombre de chaines et de faciliter les fusions, notamment entre les rédactions locales de France Bleu et de France 3. L’Elysée pense aussi à mettre en place une redevance universelle où tous les Français participeraient de manière égale et modeste. Enfin, les dirigeants de France Télévision et de Radio France ne seront plus nommés par le CSA mais par leur conseil d’administration respectif. La réforme devrait donc pousser les actuels PDG doucement vers la sortie.

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Source : France info

 

     ◊ Le journaliste Patrice Bertin accusé de tentatives de viol

Pour ne rien arranger, le journaliste de France Inter, Patrice Bertin est accusé en interne par quatre femmes de harcèlement sexuel et de tentatives de viol, selon une enquête de Mediapart parue dimanche 10 décembre et une autre publiée le lendemain dans Le Monde. Les faits s’étalent sur les trente dernières années. Discrètement parti en retraite anticipée le 23 novembre dernier, Radio France aurait essayé de faire passer cette affaire sous silence en pleine affaire Weinstein, selon Mediapart. L’ancien présentateur vedette de la station et directeur de la rédaction, « connu pour ses plaisanteries assez lourdes »,  parle de « calomnies honteuses ».

 

Il était une fois, les fake news

    ◊ Une vague de journalistes engagée pour l’éducation aux médias

Une centaine de journalistes de l’AFP et du Monde se sont portés volontaires, jeudi 7 décembre, pour animer des ateliers d’éducation aux médias et à l’information dans les établissements scolaires. Engagés en partenariat avec l’association Entre les lignes, ils prévoient d’intervenir dans plus de 300 collèges et lycées français afin de sensibiliser les jeunes générations face à l’information. « A l’heure des fake news et d’une propension croissante au complotisme, il est crucial de développer l’esprit critique du jeune public », explique Michèle Léridon, directrice de l’information de l’AFP. 

 

    ◊ Les fake news également dans le viseur de la législation irlandaise

Les Irlandais, eux, désirent régler le problème des fake news plus radicalement. En effet, si vous créez ou relayez de fausses informations politiques de manière automatisé par des bots (interface de dialogue entre un service et un consommateur) sur les réseaux sociaux en Irlande, vous pourriez bientôt passer par la case prison. C’est en tout cas, le projet de loi proposé cette semaine par des législateurs irlandais afin de lutter contre la désinformation sur Facebook et Twitter. Influencer le débat politique de cette façon pourrait donc être passible de cinq ans de prison et de 10 000€ d’amende.

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Source : @LateNightSeth

 

     ◊ Huit heures de télé par jour pour Trump, vrai ou faux?

C’est ce qu’affirme le New York Times qui s’est amusé à reproduire l’emploi du président américain, lundi 11 décembre. Selon cet article, Donald Trump se lève tous les jours à 5h30 pour regarder les actualités sur CNN, et passe quotidiennement entre 4 et 8 heures devant le petit écran. Une information que le milliardaire s’est empressé de démentir via un tweet (voir ci-dessous). Il en a profité pour tacler une nouvelle fois les principaux médias américains, les accusant de publier des informations mensongères.

 

Cinquante nuances d’actionnaires

     ◊ Des actionnaires invisibles

Le phénomène de concentration des médias n’y change rien, le manque de transparence reste une caractéristique tenace de l’actionnariat des médias. Selon une étude réalisée par Julia Cagé pour Reporters Sans Frontières, plus de la moitié des actionnaires du secteur médiatique proviennent du monde la finance et de l’assurance. Ces derniers ont mis en place des systèmes de « contrôle complexes et opaques », c‘est pourquoi 1/3 des actionnaires sont inidentifiables aujourd’hui. De plus, si depuis la loi du 4 novembre 2016, toute entreprise éditrice doit communiquer toutes les informations relatives à la composition de son capital, la profession des actionnaires n’est toujours pas publiquement dévoilée. Pour y remédier, l’étude propose « la création d’une cartographie en temps réel détaillant l’actionnariat des grands médias ».

 

     ◊ Des actionnaires condamnés pour le licenciement abusif d’Aude Lancelin

Cachés et puissants, les actionnaires ne peuvent pas échapper à la justice pour autant. Ainsi, les propriétaires de l’Obs ont été reconnus coupables d’avoir licencié Aude Lancelin « sans cause réelle et sérieuse », a tranché le conseil des Prud’hommes, vendredi 8 décembre. Éjectée en mai 2016, la journaliste va recevoir 90 000 euros d’indemnités de la part de l’hebdomadaire. Un jugement qui ne devrait, néanmoins, pas totalement satisfaire l’auteure de Le Monde Libre. Cette dernière demandait 460 000 euros d’indemnités pour licenciement « nul » et « atteinte à la liberté d’expression », estimant avoir été limogée pour des raisons « strictement politiques » par les actionnaires du média qui lui auraient notamment reproché sa proximité avec le mouvement Nuit Debout.

 

Pèle-mêle

     ◊ Présentation de la rédaction de Le Média

La web-tv, Le Média, a dévoilé, dimanche 10 décembre, en direct une partie des journalistes qui composera sa rédaction. Parmi celle-ci, on retrouve Aude Lancelin, l’ex-numéro 2 de l’Obs, mais également l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2002, Noël Mamère, journaliste dans les années 80 sur Antenne 2. Plus surprenant, Marc de Bony, ancien grand reporter au Figaro, fait aussi partie de l’équipe. Constituée majoritairement de jeunes journalistes, la rédaction attend encore quelques renforts avant de se lancer officiellement le 15 janvier.

 

     ◊ Technikart, pionnier dans le livre audio

Le mensuel socio-culturel Technikart, lancé en 1991, se décline depuis lundi 11 décembre, à la manière d’un livre audio. En effet, la sortie du magazine se fait désormais chaque mois à la fois en kiosque et en podcast sur le site de divertissement audio Audible. Le principe est simple mais pas moins original : retrouver les principaux contenus du magazine papier dans une version audio de 40 minutes. Le premier titre adoptant ce double format est disponible gratuitement sur Audible.fr.

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Le mot de la fin : des hommes et des hommages

     ◊ Ouest France en deuil

Après Jean d’Ormesson, ancien directeur général du Figaro, la semaine dernière, c’est l’ex patron de Ouest France, François-Régis Hutin, qui est décédé à l’âge de 88 ans, ce dimanche 10 décembre. Le rennais a tenu la barre du bateau Ouest France pendant 32 ans, avant de se retirer en octobre 2016 pour des raisons de santé. Il était encore président du comité éditorial rappelle le quotidien dans son communiqué. Conjointement à son activité de patron de presse, l’emblématique PDG du groupe est resté journaliste et éditorialiste pour son titre. Sous son aile, le journal est devenu le premier quotidien de France avec une diffusion actuelle de 690 000 exemplaires par jour. Protecteur sans relâche de l’indépendance de son titre, sa lutte pour éviter tout rachat du groupe a été l’un des nombreux combats de sa vie.

 

     ◊ Requiem pour Johnny

On ne pouvait pas finir cette revue de presse sans évoquer ce qui a constitué le fil rouge de la semaine dans les médias, les hommages à l’ancienne idole des jeunes, Johnny Hallyday. Avec plus de 3853 unités de bruits médiatiques (UBM) recensées, l’institut d’études Kantar place la mort du rockeur au même plan médiatique que le lendemain de l’élection de Donald Trump en France.

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Source : Kantar Media

Si les témoignages des proches et des fans du chanteur ont continûment alimenté l’actualité, ce sont TF1 et France2 qui ont bénéficié de la retransmission de l’hommage populaire puis religieux rendu au chanteur pour réaliser des audiences considérablement élevées (respectivement 7 et 4,4 millions). On ne peut pas en dire autant du Téléthon, relégué sur France 5 pendant la cérémonie, qui a vu ses promesses de dons ralentir.

 

C’est tout pour cette semaine! À jeudi prochain pour un nouveau résumé de l’actualité des médias de la semaine! 

Crise de la distribution de la presse, méfiance et tensions outre-Atlantique : une nouvelle semaine chaotique pour nos médias !

Une nouvelle semaine dans le monde impitoyable du journalisme où raisonne encore le mot de crise. En France, ce n’est pas seulement les journaux de la presse écrite qui font les frais des évolutions technologiques récentes mais c’est le processus de production médiatique dans sa totalité qui est touché. En Europe, les lecteurs font de nouveau état d’une certaine méfiance envers la presse, en relevant les difficultés économiques qui pèsent sur le travail des journalistes. De l’autre côté de l’Atlantique aux Etats-Unis, médias et politique se font face.

La colère des kiosquiers parisiens

La crise de la presse ne concerne pas que les entreprises éditrices, bien au contraire. Les difficultés rencontrées par la presse papier touche tous les acteurs du processus de production médiatique et notamment les fameux kiosquiers parisiens.
Avec l’arrivée d’internet et des applications mobiles, il devient de plus en plus rare d’acheter son journal chez son kiosquier favori. C’est pour ces raisons que ceux-ci ont entamé lundi 4 novembre une grève, qu’ils ont déjà annoncé reconductible.
Une grève qui dénonce, au même titre que dans le secteur médiatique, le système de concentration économique dont sont victimes les kiosquiers.
En effet, dans le but de réduire les coûts, les entreprises de distribution de la presse se sont regroupées à l’image du géant Presstalis.

Des parisiens privés de journaux ?

La crise est bien plus profonde et ne concerne plus seulement les kiosquiers mais aussi les distributeurs de presse. L’entreprise Presstalis précédemment citée, est le numéro un français dans l’acheminement des journaux aux points de vente et fait face à un bilan économique désastreux. Avec plus de 300 millions d’euros de dette, cette dernière a sollicité la nomination d’un mandataire afin de rétablir une stabilité financière.
Le cas de Presstalis est symptomatique, pour de nombreux spécialistes d’un inefficient modèle industriel de distribution de la presse qu’il faudrait revoir de fond en comble. C’est d’ailleurs pour cette raison que la Cour des Comptes a été mandatée par l’Elysée afin de rendre pour la fin de l’année un rapport présentant les possibles modalités de restructuration du processus de distribution de la presse.

Plus de diversité dans les médias

34% d’expertes invitées dans les médias contre 66% d’experts… Une étude du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel rend compte de l’omniprésence d’un profil type (un homme blanc, d’une cinquantaine d’années) d’intervenant auquel font appel les médias pour traiter leurs sujets.
Ainsi, dans le but de faire des entreprises médiatiques un reflet de la société française, l’association Club du XXIe siècle avec l’appui du Ministère de la Culture ont lancé un guide pour améliorer la représentation de la diversité dans les médias. Sous la forme d’un annuaire, il répertorie une vingtaine d’expertes et experts pertinents pour le traitement médiatique et issus de la diversité.
Cette initiative, bien que mineure, s’ajoute à la création d’un guide d’expertes par Radio France en juin 2015 afin de renforcer la représentation féminine dans la presse.

La Voix du Nord dans le sillage des réseaux sociaux

Mercredi prochain un nouveau site d’informations gratuite verra le jour, lancé par le quotidien régional La Voix du Nord. Si la ligne éditoriale reste floue (on annonce des informations insolites, nationales et internationales), le but rechercher par la rédaction et d’appliquer les méthodes et l’esthétique des réseaux sociaux. En effet, le site prendra la forme d’un fil d’actualité avec des actualités du quotidien, retravaillées spécifiquement par le web. L’objectif est double pour le groupe médiatique. Tout d’abord, toucher un lectorat plus jeune, demandeur d’informations de qualité mais gratuite. De plus, le journal prépare le lancement en janvier prochain d’un autre site, celui-ci payant avec des articles enrichies par d’autres contenus multimédias comme des infographies.

Quand Twitter devient le média de référence

Une affaire diplomatique entre les Etats-Unis, l’Iran et la Turquie montre de quelle manière les réseaux sociaux et notamment Twitter peuvent supplanter les médias traditionnels dans la volonté des lecteurs à avoir accès à une information indépendante.
En effet, le procès d’un milliardaire turco-iranien qui a dénoncé le rôle du Président Erdogan dans cette affaire n’est couvert que brièvement par les médias turcs. Certains parlent même d’auto-censure. Pour cette raison, des citoyens turcs s’informent grâce à Twitter sur le procès qui a lieu aux Etats-Unis. Ceci est d’autant plus intéressant que les journalistes étasuniens présents sur place, sont directement en lien avec les citoyens turcs qui les contactent personnellement afin de requérir de nouvelles informations.

Les journalistes des Etats-Unis ne rentreront plus au Parlement russe

Depuis quelques semaines, la chaîne de télévision russe RT financée par des fonds publics a été déclarée « agent étranger » sur le territoire des Etats-Unis. Une décision qui ne permet plus aux journalistes dudit média de pénétrer au sein du Congrès étasunien.
La Russie qui avait dénoncé cette mesure prise à l’encontre du travail de ces journalistes a pourtant fait de même le 1er décembre dernier en déclarant les médias d’outre-atlantique « agents étrangers ». De fait, les journalistes étasuniens se voient désormais refuser l’entrée à la Douma, le Parlement russe. C’est donc une autre difficulté que devront affronter les journalistes des Etats-Unis dans le traitement médiatique.

Emmanuel Macron et la polémique de l’audiovisuel public

Le Président Emmanuel Macron fait de nouveau des siennes avec une petite phrase qui a fait l’effet du bombe pour les journalistes travaillant dans le cadre du service public. Le mardi 5 décembre ceux-ci ont dénoncé les dires du Président qui aurait déclaré que l’audiovisuel public est la honte de la République.
Ces mots prononcés lors d’une réunion à huit-clos à l’Elysée sont niés par l’entourage présidentiel, ou en tout cas ces derniers tentent de montrer la réelle signification de ces paroles. En effet, le Président aurait attaqué l’audiovisuel public en critiquant son mode de gestion et son traitement médiatique qui ne correspondrait pas aux attentes des citoyens.

Méfiance à l’encontre des médias

Dans ce moment où la confiance semble être le mot d’ordre tant politique que médiatique, une nouvelle étude révèle la méfiance des lecteurs envers leurs médias. Le 1er décembre dernier, une étude nommée « Biais, bullshit et mensonges : la perspective des publics sur la méfiance envers les médias » et réalisée par deux chercheurs travaillant au sein de l’agence Reuters.org a été rendue publique.
A partir de sondages réalisés dans 9 pays européens, les résultats se révèlent peu flatteurs… En effet, 25% des sondés pensent que les médias faillent quant à leur objectivité. La pression économique et idéologique qu’ils subissent est identifiée comme étant la principale explication à ces maux.

La télévision face à ses enjeux économiques publicitaires

Depuis l’arrivée d’internet il n’est plus à démontrer la crise rencontrées par la télévision face aux nouveaux médias en ligne. Chez la population la plus jeune il est désormais clairement établie que la télévision n’est plus le moyen privilégié de s’informer, dépassé par le téléphone mobile et les réseaux sociaux.
Il n’est donc pas seulement question du nombre de téléspectateurs mais d’enjeu économique que représente la publicité. Alors que les investissements publicitaires étaient déviés de façon croissante depuis le petit écran au très petit écran que représente le mobile, les sommes allouées par les publicitaires au digital sont pour la première année supérieures à celles investies pour la télévision. En 2017, la publicité sur le web a représenté 209 milliards de dollars dans le monde contre 178 milliards pour la télévision. On pressent déjà une nouvelle augmentation de l’importante de la publicité pour le digital en 2018, aggravant les difficultés économiques rencontrées par les chaînes de télévision face à l’importance d’internet.

Un Conseil de déontologie du journalisme verra t-il le jour ?

C’est en tout cas la proposition de Jean Luc Mélenchon qui a lancé le mardi 5 décembre dernier une pétition en ligne pour la création d’un Conseil de ce type. Cette initiative fait suite à l’intervention du leader de la France Insoumise sur France 2 dans l’Émission Politique, après laquelle il a dénoncé le traitement qu’il lui a été réservé par l’équipe de la chaîne.
D’autre part, il regretta l’impossibilité pour les citoyens de ne pouvoir saisir aucune autorité compétente en matière de faute déontologique, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ne traitant que des cas les plus graves et dans des délais de plusieurs mois.
A ce jour, la pétition a déjà récolté près de 10 000 signatures, mais si l’on ne peut affirmer que ce Conseil sera réellement crée, on peut déjà s’interroger sur la définition d’une déontologie du journalisme et sur la forme que prendraient de possibles sanctions.