La phrase du premier tour : « La presse, on t’encule ! »

L’actualité des médias a été marquée cette semaine par le premier tour des élections présidentielles. « Les médias » sont accusés d’avoir permis l’accession de Marine Le Pen au deuxième tour en ayant disqualifié François Fillon par leur « acharnement ». Enquêtons donc un peu sur le véritable pouvoir d’influence des médias et leur juste place dans la démocratie.

La faute aux médias ?

Dès le débat sur TF1, le 20 mars dernier, Nicolas Dupont-Aignan dénonçait la partialité des médias. TF1 avait fait le choix de n’inviter que les 5 candidats favoris des sondages, ne laissant pas les 6 autres s’exprimer. Forcément, cela pose un problème démocratique…

Le coup de gueule de Dupont-Aignan a eu le mérite de faire le buzz (la vidéo a été regardée 10 millions de fois sur You Tube) et d’avoir réussi son coup : le grand débat du 4 avril, diffusé par BFM TV et C News a été animé par les candidats au nombre complet.

Le 20 avril, soit trois jours avant le premier tour, le leader de Debout, la France ! revient à l’attaque. Sur France 2, dans l’émission « 15 minutes pour convaincre », il lit les SMS qu’un « grand patron de presse » lui aurait envoyés, dénonçant le boycott et la censure pratiquée par certains journaux. Après l’émission, Nicolas Dupont-Aignan a affirmé au journal Marianne que ce patron est Serge Dassault, le propriétaire du Figaro.

Mais l’attaque la plus récurrente et la plus amère contre les médias vient du camp Fillon. Tout au long de la campagne, depuis les révélations du Canard enchaîné concernant l’affaire des emplois fictifs, Fillon n’a de cesse de dénoncer « l’acharnement médiatique » orchestré contre lui aux profits de l’Elysée et du candidat Emmanuel Macron. Lors de sa défaite au premier tour, Fillon dit bien qu’il en assume « la pleine responsabilité » tout en déclarant qu’on lui a barré la route à l’aide d’obstacles « trop nombreux et trop cruels ».

Mais ce sont les militants LR qui utilisent les propos les plus forts, à la limite de la théorie du complot:

Une accusation à laquelle répond France Inter par la voix de Jean-Marc Four, directeur de la rédaction. Il explique que jamais les médias n’ont été la cible de tant d’attaques injustifiées: « Les médias ont informé, pas désinformé ». Il affirme qu’à France Inter, tout au long de la campagne, il a reçu de nombreuses lettres d’électeurs de tous les partis, se plaignant de la façon dont leur candidat était traité à l’antenne. Il conclut: « Chacun voit midi à sa porte. »

Pour écouter le podcast, cliquez ici.

Les médias traditionnels ont été les plus influents de la campagne

Les médias traditionnels, à savoir la télévision et la presse écrite, ont été les grands gagnants de cette campagne électorale. Les réseaux sociaux n’ont pas eu le rôle principal comme on aurait pu s’y attendre. En effet, les grands débats télévisés ont été suivis par 10 millions de téléspectateurs le 20 mars, et plus de 6 millions, le 4 avril. Les couvertures nombreuses d’Emmanuel Macron, notamment celles de L’Obs, lui ont apporté la notoriété qui lui faisait défaut en début de campagne.

Les Echos montrent par l’infographie suivante l’impact des débats télévisés sur le vote des citoyens et donc, le rôle clé de la télévision durant la campagne présidentielle :

« Facebook, Twitter, BuzzFeed, le hacking supposé par les Russes, etc., tout cela a eu une influence bien plus faible qu’anticipé » constate la spécialiste de l’économie des médias, Julia Cagé.

Les raisons ? C’est simple. La proportion des jeunes de moins de 20 ans est inférieure à la population de 60 ans et plus. Les Français sont donc, en général, plus enclins à consommer des médias traditionnels aux informations transmises par les réseaux sociaux, utilisés par les plus jeunes. Donc pas de panique, la révolution numérique est toujours en marche !

Utiliser les réseaux sociaux devient une responsabilité citoyenne

Dans son livre A-t-on encore besoin des journalistes ? , Eric Scherer explique que les usagers des réseaux sociaux sont des médias. Ils captent, puis transmettent l’information aux autres internautes. C’est désormais sur Facebook et Twitter que les jeunes s’informent, et non plus via les médias traditionnels qui vivent une des plus graves crises de confiance de leur histoire. Seulement, l’usage des réseaux sociaux rend aisé la propagation virale de Fake news. C’est pourquoi dans le contexte de l’état d’urgence, l’Etat lance une campagne de sensibilisation quant à l’usage des réseaux sociaux : ne diffusez qu’une information que vous savez fiable et vérifiée !

Pour vous aider dans ce travail citoyen, Le Monde lance un nouvel outil : Décodex. Cet outil permet de juger la fiabilité d’une information ou d’un site-web. Il s’agit d’une extension au navigateur internet.

Mais pas de panique, Google a annoncé ce mardi qu’il nous faciliterait la tache ! 15% des recherches sur le web concernent les informations. Après quelques incidents, dont un l’an dernier, lorsque Google  a affiché en premier résultat un article négationniste avant tous les autres, le géant d’internet décide de réagir. L’équipe de Google sera désormais en charge de traquer les « informations trompeuses, les résultats offensifs inattendus, les fausses informations et les théories de conspiration ». Les internautes auront également le moyen de signaler ce genre de contenus. Il y a quelques mois, Facebook a eu la même initiative. Le fait est que les Fake news ont pu tromper et influencer les électeurs américains lors de l’élection présidentielle en 2016.

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