Avant le premier tour, les hauts et les bas de l’actu des médias

Journalistes malmenés, journalisme en danger, et un nouveau média fut créé : c’est parti pour la revue des médias de la semaine.

France 2, France Inter, RMC et Le Monde : à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, des candidats imprévisibles

« 15 minutes pour convaincre », c’est finalement le nom que portera l’émission du jeudi 20 avril sur France 2. La chaîne a confirmé mardi, dans un communiqué, qu’elle aurait bien lieu.
Pour rappel, il avait été à l’origine prévu que les 11 candidats à la présidentielle échangent dans un cadre similaire au débat du 20 mars. Un tableau assombri par le refus de Jean-Luc Mélenchon d’y participer, au prétexte d’un emploi du temps trop chargé, et par le scepticisme d’Emmanuel Macron. Pour s’assurer la participation d’un maximum de candidats, France 2 a donc proposé un format différent…

Un format qui devient le suivant : quinze minutes d’entretien par candidat, portant sur deux thèmes déterminés par la rédaction de France 2, ainsi qu’un thème choisi par David Pujadas et Léa Salamé, les deux présentateurs de l’émission. Suite à ces entretiens, chaque candidat aura un « droit de réponse », soit deux minutes trente secondes pour s’exprimer. Les candidats ont été tirés au sort pour l’ordre de passage

À deux jours de l’échéance, Manuel Bompard, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, a tout de même rappelé, après publication du communiqué de France 2, que le candidat de la France insoumise attendait des garanties écrites avant de certifier sa participation.

Mais certains médias ont moins de chance : Marine Le Pen a, la semaine dernière, annulé sa venue sur France Inter, où elle devait être interrogée par Patrick Cohen.

Cette semaine, c’était au tour de Jean-Jacques Bourdin de se faire planter, mais par François Fillon cette fois.

Le journaliste de RMC affirmait samedi que le candidat Les Républicains aurait refusé la seconde date lui ayant été proposée. Conséquence : François Fillon n’est pas venu pour l’émission, c’est François Baroin, chargé du « rassemblement politique » pour sa campagne, qui l’a remplacé. Mais Jean-Jacques Bourdin non plus n’était pas présent ; il avait décidé de boycotter sa propre émission, et s’est fait remplacer par un collègue.

Enfin, mercredi 19 avril, Le Monde a publié un court article expliquant renoncer à un entretien politique avec le même François Fillon. Et pour cause, le candidat Les Républicains avait posé comme condition que le quotidien n’aborde pas la question des affaires pour lesquelles il a été mis en examen.

« Nous avons refusé parce qu’il nous semblait indispensable d’interroger François Fillon sur la moralisation de la vie publique, sujet essentiel du débat démocratique en cours. Et parce qu’il nous semble évident, par ailleurs, que les hommes et femmes politiques n’ont pas à décider des questions qui leur sont posées. »

Un enjeu déontologique majeur qu’il semble néanmoins nécessaire de rappeler aux candidats à la présidentielle.

Quelles propositions pour les médias ?

À l’heure de la campagne, les candidats proposent. Pour les jeunes, l’emploi, la moralité de la vie politique… Et, ah, oui, pour les médias, aussi. C’est un thème peu porteur, mais il existe. Acrimed et L’INA ont publié cette semaine des récapitulatifs des propositions des candidats en lice, et le second propose même un quizz. Pour tester vos connaissances sur les programmes des candidats pour les médias, c’est par ici.

Indépendance, lutte contre la concentration, financement, et protection des lanceurs d’alerte sont des thèmes qui mobilisent les candidats, ou, du moins, une partie du programme de sept d’entre eux, puisque Nathalie Arthaud, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, et François Fillon ne font pas de propositions pour les médias.

Un autre regard sur la campagne

Pendant ce temps-là, et avec l’aide de Basta Mag !, la Coordination permanente des médias libres et Médias citoyens s’associent et créent un dossier numérique intitulé « N’autre campagne, les élections 2017 vues par les médias libres ».

Dans ce dossier, il est possible de choisir entre des articles portant sur le triste spectacle de ces dernières semaines, et d’autres, qui abordent le rêve d’une « autre campagne », des raisons d’espérer, et de croire encore en la démocratie. Les médias associés pour la production de ce dossier se revendiquent d’un journalisme au rôle actif, « ne serait-ce que par l’organisation et l’animation de débats, par l’éducation aux médias ou par la dimension participative d’un journalisme participatif qui donne de la voix aux sans-voix. »

La presse en danger !

Reporter Sans Frontière a publié mercredi 18 avril son classement mondial de la liberté de la presse 2016, et… la France a mauvaise presse. Un mauvais jeu de mot pour une triste situation, puisque le pays « des droits de l’homme » est passé de la trente-huitième place à la quarante-cinquième sur cent quatre-vingt pays, et a vu sa note se dégrader. Nous sommes maintenant positionnés derrière le Burkina Faso, le Botswana, et Trinité-et-Tobago.

Les raisons de cette dégringolade ? RSF pointe le paysage médiatique français « largement constitué de groupes dont les propriétaires ont d’autres intérêts que leur attachement au journalisme« , mentionne les grèves des journalistes d’iTélé au dernier trimestre 2016, ainsi que des violences croissantes envers les professionnels des médias, à l’occasion des manifestations contre la Loi « Travail », du démantèlement de la « jungle » de Calais, et de la campagne présidentielle notamment.
Pour rappel, sur ces sujet, on peut aller voir la très bonne revue de liens de Marion Mauger, dans laquelle elle abordait la sortie de Médias, les nouveaux Empires, une enquête de Richard Sénéjoux et Amaury de Rochegonde sur la concentration des médias, et les violences perpétrées à l’encontre des journalistes au meeting de François Fillon.

À propos de violences et de meeting, des journalistes ont encore fait les frais de violences lundi 17 avril, à l’occasion du meeting du candidat Les Républicains à Nice. Selon le quotidien Marianne, trois d’entre eux se sont fait « cracher dessus et molester ».

Hortense Gérard, JRI pour BFM TV, a reçu plusieurs crachats.

Quant à David Perrotin, journaliste pour BuzzFeed News, il a lui aussi été agressé, alors qu’il filmait, avec son collègue Paul Aveline, une interpellation en marge du meeting. Tandis que le premier se fait tirer par le col par des agents de sécurité, le second en capture des images et se fait menacer. C’est seulement en promettant de publier leur témoignage, vidéo à l’appui, que l’équipe de François Fillon a exigé que les agents lâchent David Perrotin.

Ces violences ne sont pas nouvelles. Preuve s’il en est, la publication par Streetpress d’une enquête intitulée « Journalisme en état d’urgence », dans le cadre de la mobilisation du collectif Informer n’est pas un délit et de Reporter Sans Frontière.

Interrogés par Streetpress dans le cadre de cette publication, une quinzaine de journalistes, pigistes ou postés, témoignent de façon détaillée des atteintes faites à leur encontre par la police et les services de renseignements.

Média audio payant : le pari de BoxSons

Des contenus audio payants, se démarquant des breaking news et du journalisme de studio, c’est le pari fait par Candice Marchal et Pascale Clark, qui viennent de fonder BoxSons. Ce pureplayer, lancé le 18 avril, fonctionne uniquement par abonnement. À l’écoute : reportages, documentaires, entretiens aux formats longs, et aux sujets variés, mais réalisés sur le terrain. Le site est en ligne, l’application devrait arriver dans quelques semaines.

BoxSons s’inscrit dans la veine du slow journalism (« journalisme lent », d’enquête et de fond, par opposition au journalisme d’urgence et de breaking news), mais il surfe aussi sur la vague des podcasts, de plus en plus à la mode.
Grâce à la plateforme de financement participatif Ulule, ce nouveau média a récolté plus de 50.000€, suffisamment pour lancer le mouvement. BoxSons se donne maintenant l’objectif de 6000 abonnés en trois ans, afin d’atteindre l’équilibre financier.

Ailleurs, dans l’actualité des médias…

Atout France, l’agence de développement touristique de la France, et France Média Monde (les médias français internationaux RFI, France 24, et Monte Carlo Doualiya) ont signé un accord de partenariat, mercredi. Leur objectif : renforcer « l’attractivité de la destination France ». Atout France gagne notamment le droit de diffuser sur ses supports numériques les contenus libres de droits des chaînes France Média Monde.

• La radio publique Ici Radio Canada a annoncé mardi que TC Transcontinental, grand groupe éditorial canadien, mettait en vente 93 titres localisés en Ontario et au Québec.

• En France et outre-Atlantique, la fonctionnalité de Facebook Instant Article déçoit. Le New York Times, un des premiers journaux à l’avoir adopté, a même cessé de publier sous ce format. Le problème : une monétisation des contenus insuffisante. En savoir plus.